lundi 29 septembre 2008

Pêche, surpêche et quotas : est-on ou pas en train de vider les océans ?

Intervention à l'émission de France Inter : le téléphone sonne

A l'occasion de de la réunion d'aujourd'hui à Bruxelles pour dresser le bilan de la politique commune de la pêche dans l'Union européenne, questions sur les ressources halieutiques et les menaces qui pèseraient sur certaines espèces de poissons...
Invités : - Frédéric Denhez journaliste scientifique, qui va publier cette semaine "Plus de poisson à la criée" aux Editions Delachaux et Niestlé
- Bertrand Wendling, Directeur Général de l'Organisation des producteurs
de Sète, premier port de pêche en Méditerranée, une coopérative maritime
qui regroupe une partie de la flottille des thoniers et chalutiers méditerranéens
- Alain Biseau, responsable des expertises halieutiques pour l’Ifremer, Institut Francais de recherche pour l'exploitation de la mer, et membre
du Conseil international pour l’exploration de la mer
- Christophe Lomel, marin-pêcheur entre Berck et Dunkerque, qui pêche
le cabillaud
- Quentin Dickinson, en direct de Bruxelles

Message envoyé et repris pendant l'émission

Face à la raréfaction de la ressource halieutique, pourquoi ne parle-t-on jamais de la pêche minotière ?
Cette activité de type industriel qui transforme les captures en farine et en huile de poisson, est l’activité de pêche la plus importante dans le monde. Entre 25 à 30 millions de tonnes de poisson (soit près de 30% des captures mondiales) sont transformés en farine et en huile.
Cette farine et cette huile de poisson servent à nourrir le bétail (porc et volaille), et de plus en plus les poissons d’aquaculture (saumon, truite, bar, daurade et turbot).

Dans l’UE, le Danemark est le 1e pays minotier. La pêche minotière de l’UE représente un tonnage supérieur aux prises réunies de l'Espagne et de la France, mais, curieusement, la Commission semble considérer qu'aucune mesure de limitation ne s'impose dans son cas, alors qu'elle a des conséquences non négligeables sur la chaîne alimentaire.

Question : N’y aurait-il pas un lobbying (pêche minotière + aquaculture industrielle) au niveau européen pour étouffer les impacts négatifs de la pêche minotière ?

Un saumon d’élevage de 2kg consomme l’équivalent de 10 à 12 kg de poisson sauvage (réduit en farine et en huile) !

lundi 15 septembre 2008

France : position de la Confédération Paysanne sur la crise ostréicole

Communiqué de presse - 23 juil 2008
Ces dernières semaines, depuis fin mai, des mortalités importantes ont été constatées sur du naissain et des juvéniles d'huîtres non seulement sur toutes les côtes de France mais semble-t-il aussi à l'étranger. Ce phénomène, encore inexpliqué, plonge les entreprises ostréicoles dans de grandes difficultés qui confinent, pour certaines, au désastre économique.
La Confédération Paysanne s'associe aux efforts déployés pour enrayer la crise grave que subit la profession ostréicole.

Les "Naisseurs" sont les plus touchés, mais toute la filière d'élevage est impactée. En 2010, la production nationale devrait ainsi être amputée de 50 %, avec des charges et des remboursements d'emprunts qui seront toujours les mêmes.

Mais, au delà de la résolution des problèmes graves de cet instant, il faut bien réfléchir à ce qui les a créés et amplifiés :
  • La profession ostréicole s'est lancée depuis plusieurs décennies dans une course folle à la productivité poussée en cela par des prix de vente sans réelle progression.Il s'agissait de produire plus et plus vite pour compenser le manque à gagner dans les entreprises. La fraction financière du bénéfice qui autrefois servait au fonds de sécurité a été sacrifiée pour pouvoir rentrer dans les négociations avec les centrales d'achat des grands distributeurs. Aujourd'hui, les entreprises ostréicoles en sont à espérer des aides de la collectivité pour assurer leur survie. La grande distribution empoche, les contribuables payent, voila le résultat.
  • Pour produire plus, de nouvelles zones de production ont été ouvertes, la production augmentant, les prix de vente sont déstabilisés. Voici le cercle infernal créé. Les prix baissent du fait des distributeurs, pour compenser, on produit plus ce qui entraîne une chute des prix...etc.
  • Pour produire plus vite, IFREMER et les écloseries développent une huître stérile dont le temps d'élevage, et théoriquement les coûts de production, sont divisés par deux. Une partie des producteurs abandonne l'ancien cycle de production de 4 ans et élimine les stocks tampons dont on leur explique qu'ils coûtent chers. Mais ce type d'élevage est très pointu, qu'un problème survienne et la machine s'arrête net. La formule 1 qui sort de la route faite pour elle, est bloquée par une simple motte de terre. Ces producteurs sont en grandes difficultés.
  • L'autre sujet d'inquiétude avec les écloseries (elles se comptent pour les françaises sur les doigts d'une main), c'est le manque de transparence dans leurs pratiques et surtout leur capacité à diffuser un éventuel agent pathogène puisqu'elles fournissent tous les bassins. Elles sont fortement soupçonnées par les professionnels d'être à l'origine de la crise actuelle.
  • L'ostréiculture est aussi fragilisée par les investissements énormes que nécessitent les méthodes de production "modernes". Les cages en eaux profondes, les "long lines" ne peuvent être exploitées que par des embarcations dont le coût est 3 à 4 fois supérieur à celui des chalands traditionnels. A cela, il faut ajouter le prix de ces nouvelles installations et l'on comprend vite qu'il faut raisonner en amortissement de longue durée. Evidemment, quelque soit le contexte, les banques demandent les annuités d'emprunts.....

Tous ces sujets sont toujours très discutés par la grande majorité des ostréiculteurs (venant d'entreprises artisanales et familiales) qui se sentent poussés vers une industrialisation qu'ils ne souhaitent pas. Malheureusement, il semble que cela soit la voie choisie par le ministère et les instances européennes.

samedi 13 septembre 2008

Haïti : la pêche artisanale souffre d'un manque de reconnaissance














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Les études et autres rapports donnent une image peu reluisante de la pêche à Haïti. "Des pêcheurs peu équipés… une filière mal organisée… Le secteur pêche en Haïti se caractérise tout d’abord par de faibles investissements impliquant des équipements et matériels de pêche rudimentaires. Les bateaux sont de petite taille, fragiles, sans moteur fiable et ne peuvent par conséquent pas s’aventurer très loin de la côte…." La pêche haïtienne qui repose exclusivement sur le secteur artisanal, est reléguée à tort à une activité d’autosubsistance, et les pêcheurs artisans à des acteurs économiques de « second rang ».

L’étude-diagnostic réalisée en 2007 dans le Sud-Est d’Haïti, montre une autre réalité de la pêche. La pêche artisanale est une activité dont les contributions sociales et économiques ont été mésestimées dans le département du Sud-Est. Près de 3300 familles sont impliquées dans cette activité. Elle fait vivre directement 20000 personnes et indirectement au moins 10000 personnes, soit au total près de 7% de la population départementale. Du point de vue économique, sa contribution est tout aussi importante. La pêche artisanale génère un chiffre d’affaires annuel supérieur à 5 millions d’euros et les investissements dans les activités de pêche se chiffrent à près de 2,7 millions d’euros.

A partir des années 70, les exportations de langouste et de chair de lambi et la demande croissante des centres urbains en produits à haute valeur marchande vont sortir la pêche artisanale de son isolement. Ce secteur d’activité s’adapte et se modernise. Les circuits de commercialisation s’organisent. De nouveaux acteurs interviennent pour ces marchés nationaux et internationaux. Une activité de pêche artisanale à vocation commerciale se développe alors depuis Côte-de-Fer jusqu’à Anse-à-Pitre et tout particulièrement à l’Est du département où les territoires de pêche sont étendus et faciles d’accès. L’exploitation d’espèces commerciales, plus au large, dans des zones plus exposées à la houle, aux courants et aux vents, a favorisé la modernisation de la flottille artisanale. Dans la commune d’Anse-à-Pitre qui regroupe le tiers de la capacité de capture départementale, plus de la moitié des embarcations est équipée de moteur hors-bord.

Les ressources halieutiques sont abondantes et diversifiées sur les hauts-fonds coralliens du Sud-Est. La pêche artisanale crée de nombreux emplois dans une région où les opportunités sont rares. Elle attire beaucoup de ruraux de l’intérieur des terres. Cependant, les ressources sont aussi limitées. Dans le contexte de libre exploitation qui prévaut, les stocks stratégiques (langouste, lambi, mérou et vivaneau) s’épuisent peu à peu. Malgré ce constat, l’effort de pêche continue d’augmenter. Plus de nasses et plus de filets sur les hauts-fonds. La sélectivité des engins de pêche diminue. Les pêcheurs ne rejettent plus à la mer les petits poissons et les petites langoustes pris dans leurs pièges. Le maillage des filets est ajusté à la capture de poissons de plus en plus petits afin de compenser la diminution des captures.

La diminution de la ressource halieutique avive les tensions entre les différents métiers. Entre les ligneurs et les fileyeurs, et surtout, entre les activités à vocation commerciale et les activités traditionnelles à la senne de plage. La cohabitation devient difficile entre les pêcheurs qui ciblent les espèces à forte valeur marchande pour les marchés urbains et les pêcheurs qui ciblent les espèces populaires (sardine, hareng et anchois) pour les marchés ruraux.

L’ouverture de marchés extérieurs pour les produits halieutiques, s’est donc traduite par un développement important de la pêche artisanale dans le département du Sud-Est. Cependant, ce développement s’est réalisé dans l’indifférence et sans aucune considération à l’égard des communautés de pêcheurs. Le niveau de pauvreté dans les localités de pêche est en général très élevé, et les pêcheurs artisanaux le plus souvent marginalisés vivent toujours dans la plus grande précarité. L’absence de services spécifiques à leur profession et le manque cruel d’encadrement administratif et technique font que les pêcheurs, peu organisés, ne sont pas en position de force, et qu’ils entretiennent des relations le plus souvent inéquitables avec leurs partenaires (fournisseurs de matériel, créanciers, mareyeurs,…).

Sans toutefois sous-estimer les réelles potentialités des eaux du large (thon, marlin, coryphène,…), l’avenir de la pêche artisanale dans le département du Sud-Est repose avant tout sur l’exploitation des ressources halieutiques du plateau continental. Potentiellement abondantes sur les hauts-fonds coralliens du Sud-Est, les espèces les plus estimées sont facilement accessibles par les pêcheurs artisanaux et d’un coût d’exploitation abordable. Le prix du carburant est un paramètre à ne pas négliger dans une stratégie de développement des pêcheries. L’expérience dans les Caraïbes montre que les îles ayant misé uniquement sur les eaux du large, ont vu leurs stocks côtiers s’effondrer avec l’augmentation de la capacité de capture, et que les pays tels que la Jamaïque, les Bahamas et Cuba, avec la mise en place de plans de gestion draconiens, tirent actuellement des revenus conséquents de l’exploitation des stocks à forte valeur marchande. Dans le département du Sud-Est où le plateau continental est relativement vaste comparé aux autres zones de pêche en Haïti, il est nécessaire de trouver un compromis entre renforcement des activités traditionnelles sur les hauts-fonds et développement des pêcheries océaniques.

Les pêcheurs artisanaux qui démontrent de réelle faculté d’adaptation technologique, souffrent plus d’un défaut d’organisation et de formation que d’un manque de moyens techniques. Plutôt que de redéployer la pêche au-delà du plateau continental dans le cadre de l’installation des dispositifs de concentration du poisson (DCP), il serait nécessaire dans un premier temps de renforcer l’organisation de la pêche artisanale et de reconsidérer le rôle déterminant des marchandes de poisson dans la sécurité alimentaire des populations les plus pauvres. Il faudrait accorder davantage d’attention aux considérations d’ordre social concernant le secteur de la pêche artisanale. La pauvreté, la vulnérabilité et le faible degré de développement social compromettent l’aptitude des pêcheurs artisanaux à adopter des pratiques responsables et à participer à la cogestion et aux systèmes communautaires de gestion des pêcheries. La stratégie de développement de la pêche artisanale doit s’appuyer sur un programme de sauvegarde des espèces stratégiques (langouste, lambi et poisson coloré) afin de retrouver le potentiel de production dans les eaux côtières et afin de redéployer l’effort de pêche dans les eaux océaniques tout en encadrant l’augmentation de la capacité de capture.

Philippe FAVRELIERE

Haïti : la pêche dans le département du Sud-Est (en quelques chiffres)
59 lieux de débarquement répartis sur 140 km de côte
1000 bateaux de pêche dont 300 motorisés
4800 pêcheurs (ligneurs, caseyeurs, fileyeurs, senneurs et plongeurs)
2600 marchandes de poisson et une centaine de mareyeurs
2000 tonnes de captures (langouste, lambi, mérou, vivaneau, carangue, sardine,...)

Voir étude complète : Diagnostic de la pêche dans le département du Sud-Est (Haïti)http://sites.google.com/site/pcheartisanalehati/

Le 28 août 2009

Haïti - Les projets d’aide à la pêche du FAES donnent naissance à une entreprise de construction de bateaux (iadb)

Le succès des projets financés par le Fonds d’assistance économique et sociale (FAES) dans les villages de pêcheurs haïtiens ont débouché sur la création d’une entreprise de construction de bateaux mieux adaptés aux besoins locaux.

Ces bateaux ont été conçus par un ingénieur haïtien du nom de Lesly Théard, qui est également féru de pêche. Théard a appris à si bien réparer les bateaux en fibre de verre qu’il a commencé à le faire commercialement. Son entreprise, TL Engineering, a démarré dans son jardin à Port-au-Prince mais a déménagé depuis lors dans un entrepôt de Faucherine, près de Petit Paradis. Ce minuscule chantier naval emploie dix personnes.
La plupart des pêcheurs traditionnels haïtiens utilisent des pirogues. Du fait de la grave destruction des forêts, les troncs d’arbres ne sont plus aussi gros, de sorte que les pirogues qui sont caractéristiquement étroites offrent très peu de capacité de transport du matériel de pêche et de la prise. Les bateaux en fibre de verre de fabrication étrangère peuvent coûter jusqu’à $6 500 ; ils nécessitent de gros moteurs hors-bord et sont coûteux à utiliser et à réparer.

« J’ai parlé à un pêcheur de Leogane qui a un bateau de 26 pieds (près de neuf mètres) de long et un moteur de 40 C.V. Il dépense environ $70 pour son plein d’essence. Que se passe-t-il quand la prise est mauvaise ? » dit Théard.
Les bateaux de TL sont construits en contreplaqué de qualité marine, coupés et mis en forme et revêtus d’époxy. Les pêcheurs peuvent réparer facilement et à peu de frais les dommages causés à la coque. Grâce à des flotteurs en mousse à la proue et à la poupe, ces bateaux sont pratiquement insubmersibles. Ils sont également assez légers pour permettre l’utilisation de rames et de voiles. Doté d’un moteur de 15 C.V., l’un des bateaux de Théard, avec un équipage de cinq hommes, peut parcourir une distance de 10 milles marins avec un gallon (3,8 litres) de carburant.
« Et tout le bois est importé ; par conséquent, nous n’avons pas à abattre des arbres pour construire les bateaux, » ajoute Théard.

Haïti: Une pêche marginale et délaissée (Le Nouvelliste)

La pêche, qui constitue pour toute ville côtière une activité économique rentable, est jusqu'à présent marginale et délaissée dans les villes côtières d'Haiti. Sur la côte sud, des pêcheurs s'aventurent en haute mer avec le matériel archaïque dont ils disposent. Armés de leur seule opiniâtreté, ils continuent à pratiquer le métier de pêcheur.

Dans différentes villes côtières du département du Sud, vivent dans des conditions précaires des milliers de pêcheurs. Touchés par les dernières intempéries, leur vie devient de plus en plus rude et difficile. Cette communauté de pêcheurs projette une image triste et sombre. On a l'impression que ce secteur qui représente une source économique dominante pour les villes côtières du pays est abandonné à lui-même.

Dépourvu de matériel adéquat pour la pêche en eau profonde, la plupart des pêcheurs pratiquent la pêche au bidon et/ou à la ligne. Ils se contentent de canoter sur le littoral espérant capturer l'un des rares survivants de la pêche à outrance pratiquée, faute de moyens, le long des côtes. « Nous sommes des milliers de pêcheurs artisans, qui, chaque jour, cherchons dans la mer de quoi vivre et faire vivre nos familles en dépit de nos faibles moyens. Ici, plus de 500 000 personnes vivent des fruits de la pêche», nous raconte Nelson, un jeune pêcheur rencontré sur le littoral à Carpentier.

En mer, ces pêcheurs sont exposés aux changements brusques de la météo, dont la pluie, les vents violents et les vagues très fortes. Dire que la majorité des pêcheurs ne sont pas formés pour faire face à ces imprévus et aux accidents qui peuvent se produire à tout moment.

Dans certains cas, les pêcheurs partent en mer pour de longues périodes. Dans ce cas, la barque devient non seulement leur lieu de travail mais aussi leur demeure. « Les conditions dans lesquelles nous pratiquons la pêche sont très précaires et misérables. Pire, nous devons nous rendre de plus en plus loin pour pêcher, ce qui augmente les risques de l'activité », souligne le jeune pêcheur.

Selon Milord, qui professe depuis plus d'une trentaine d'années le métier de pêcheur, le plus grand problème, c'est que, sur la côte sud, ils ne sont pas regroupés en association. Ces travailleurs de la mer ne se sont fixés aucune règle. « Nous ne disposons pas d'instruments de pêche modernes. Si nous étions formés, nous serions capables de tirer partie des possibilités qu'offre la pêche », indique-t-il en ajoutant que si la pêche est aujourd'hui confrontée à des problèmes, la responsabilité incombe principalement à l'Etat.

En définitive, nonobstant des conditions misérables et pénibles dans lesquelles évoluent ces pêcheurs, ils attendent impatiemment la mise en application du plan stratégique du Ministère de l'Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR) visant à développer ce secteur encore marginal et délaissé. Amos Cincir

Le 22 octobre 2009 : Ce projet est intéressant puisqu'il propose un bateau-mère aux pêcheurs qui pêchent au large autour des DCP. Cependant, cette ONG française ne reconnait pas les pêcheurs haïtiens en donnant un bateau non pas à une organisation professionnelle mais à une ONG haïtienne. D'autre part, la priorité à Haïti est la restauration des écosystèmes côtiers, la zone des récifs coralliens bien plus riches (avec les langoustes, vivaneaux, lambis, petits pélagiques) que la zone plus au large qui bientôt sera limitée par manque de ressource de grands pélagiques migrateurs...

Concarneau - Un nouveau bateau solidaire pour Haïti (Ouest France)
Jean-Pierre Coïc (deuxième à partir de la droite) et son équipe de mercenaires de la solidarité.
Le Breizh da Viken est en préparation près du ponton des côtiers. En mars, il rejoindra Le Mercenaire en Haïti.
Après Le Mystère, puis Le Mercenaire, c'est le Breizh da Viken qui vient d'être récupéré par l'association Solidarité pêche. Depuis dix ans, cette association présidée par Jean-Pierre Coïc, ligneur de bar à Concarneau, milite pour le transfert en Haïti de bateaux voués à la destruction.

L'état des lieux
« Le Breizh da Viken correspond bien à ce qu'il faut pour Haïti. Il a la bonne taille. » Ce fileyeur lorientais de 12 mètres, dont le nom signifie Bretagne à jamais, a pu être récupéré à la suite d'une liquidation judiciaire. Hier, Jean-Pierre Coïc et ses amis de l'association ont fait du nettoyage et dressé un état des lieux.
« Le bateau a été pillé pendant qu'il était à Lorient. Tout le câblage a disparu, les tuyaux de cuivre, et des éléments en inox. » Du côté plus positif : « Le moteur est en place, on espère qu'il fonctionne. Il y a quelques trous dans la coque dus aux moules, et le pont semble étanche. »

La grande traversée
La traversée est prévue en mars, pour bénéficier des Alizés. Elle durera un mois et demi. L'association n'a pas encore déterminé quels marins seront à bord. Pour Le Mercenaire, c'est Jean-Pierre Coïc et Jean-Jacques Daniel qui avaient assuré le convoyage. « Nous allons monter des voiles pour la traversée. Deux génois tangonnés et une grand-voile pour pouvoir affaler les génois. »
Le bateau sera remis comme les précédents à la Fondation verte, une ONG haïtienne qui travaille pour les communautés de pêcheurs. Comme Le Mercenaire, le Breizh da Viken permettra de tirer les pirogues sur les zones de pêche, jusqu'aux dispositifs de concentration des poissons (radeaux sous lesquels le poisson s'agglutine), puis de stocker la pêche en cale réfrigérée afin de le livrer dans les villes, notamment Port-au-Prince, où la demande est forte.

Une aide concrète
« Les pêcheurs qui travaillent avec Le Mercenaire ont multiplié par sept leurs revenus. La Fondation verte a aussi lancé un programme pour distribuer des glacières aux petites vendeuses de poisson : la Fondation leur vend les glacières qu'elles rachètent peu à peu avec leurs bénéfices. » Le Breizh da Viken prendra le relais du Mercenaire dans la région de Port-au-Prince, ce dernier descendra plus au sud, pour soutenir d'autres communautés de pêcheurs.
La population concarnoise sera sollicitée pour aider l'opération. Un repas musical est prévu au centre des arts, avec l'aide de la Ville, fin janvier. Une conférence, avec projections de films, aura lieu en novembre. L'opération sera également suivie par l'émission Thalassa qui doit y consacrer un reportage.
« Nous commençons dès à présent à collecter du matériel de pêche, surtout des cordages et des flotteurs, qui permettront d'installer des dispositifs de concentration des poissons. Nous sommes aussi preneurs de lignes et d'hameçons. » Les pêcheurs haïtiens pratiquent en effet une pêche à la ligne, sélective et respectueuse de la ressource. Le matériel peut être déposé au bateau. Jean-Luc COCHENNEC.

Le poisson : principale source de protéines animales pour plus d'un milliard de terriens

La sécurité alimentaire des populations les plus pauvres dans les pays du Sud dépend de l'avenir de la pêche.


Il est nécessaire de :
  • Redonner à la pêche mondiale sa vocation première d'alimentation (1)
  • Promouvoir les pêcheries artisanales, familiales et créatrices d'emploi
  • Re-localiser les productions et les adapter aux territoires
  • Préserver les ressources naturelles et les équilibres écologiques
  • Limiter l'aquaculture de transformation (2)
  • Promouvoir l'aquaculture de production (3)
  • Garantir le droit à la souveraineté alimentaire des pays du sud et du nord

En effet, la crise mondiale de la pêche mise brutalement en avant par les manifestations des pêcheurs contre la hausse du prix du carburant, est le résultat des politiques libérales imposées depuis 30 ans. Réclamons dès maintenant une autre Politique Commune des Pêches (PCP), légitime, solidaire et vraiment durable, qui sera un levier considérable pour réguler les marchés et arrêter la précarisation et la disparition des pêcheurs ! La politique halieutique que nous voulons est la seule capable de relever les défis alimentaires, sociaux et environnementaux auxquels l’humanité est confrontée. En nous rapprochant des producteurs et par nos choix de consommation, nous pouvons la soutenir.

(1) La pêche minotière transforme près d'un tiers des captures mondiales en farine et en huile de poisson. 25 à 30 millions de tonnes de poisson sauvage

(2) élevages d'espèces carnivores (crevette, saumon, bar, daurade, turbot, thon,...) qui exige l'apport d'aliments riches en farine et huile de poisson

(3) élevages d'espèces herbivores ou omnivores (coquillages, carpes,...) qui se nourrissent directement dans le millieu naturel