Femmes dans la pêche : plus d’espace pour participer aux processus de prise de décisions !


« Nous estimons que la parité entre les sexes et les droits des femmes jouent un rôle crucial, non seulement dans la démocratisation de nos communautés, mais aussi dans la façon dont nous abordons la question de la capture, de la transformation et de la commercialisation du poisson. Les femmes doivent avoir plus d’espace pour participer aux processus de prise de décisions, tout en jouissant d’une opportunité égale d’intégration à des postes de leadership dans toutes les organisations membres du Forum mondial des peuples de pêcheurs (WFFP). »

Extrait de la Déclaration adoptée par le congrès du Forum mondial des peuples de pêcheurs (WFFP) à l’issue de son congrès à Delhi, novembre 2017

Nous sommes les océans, nous sommes les eaux, nous sommes le peuple


« Nous, le Forum mondial des peuples de pêcheurs (WFFP), de même que les délégués de nombreuses organisations alliées, dont le Forum Mondial des pêcheurs et travailleurs de la pêche (WFF) et Via Campesina (LVC), nous nous sommes réunis du 15 au 21 novembre, à Delhi en Inde à l’occasion de la 7ième assemblée générale du WFFP. Malgré le rejet condamnable de visas pour un grand nombre de nos camarades et collègues, nous revoilà ici, 20 ans après notre création, forts de nombreuses victoires et mus par le désir de continuer la lutte en faveur des pêcheurs artisanaux.

Femmes transformatrices de poisson dans le port de Kafountine (Casamance - Sénégal)

Nous déclarons unanimement la souveraineté des communautés traditionnelles, tributaires des ressources naturelles, sur les terres, les étendues d’eau et les océans du monde. Ceci, alors que les forces capitalistes du monde entier ont pris le contrôle de nos gouvernements élus exploitant nos ressources naturelles et réduisant au silence tous ceux qui s’y opposent – leaders communautaires, journalistes et militants- sanctionnés par une violente répression orchestrée par les Etats. De plus, les impacts du changement climatique sur nos terres et nos étendues d’eau obligent nos peuples à migrer et à se réfugier ailleurs, dans le contexte d’un marché du travail déjà précaire.

 Pêche des crevettes à Ilha Rasa dans la baie de Guaraqueçaba (Parana - Brésil)

Nous sommes le témoin de luttes collectives à travers le monde, menées par les communautés spoliées ; les femmes luttent pour résister aux efforts déployés pour réduire notre histoire à néant, homogénéiser notre identité et notre culture. Nous nous battons contre les forces néolibérales et les conséquences historiques du colonialisme et du post colonialisme. L’accaparement de nos ressources n’a rien de nouveau. Pourtant l’accaparement des mers, de l’eau et des terres, revêt aujourd’hui de nouvelles formes et trouve de nouvelles justifications. Nous sommes en conflit avec les industries extractives, l’expansion de grands projets d’infrastructure, ainsi que les pêches, l’aquaculture et l’agriculture à forte intensité de capital. Ce sont autant d’éléments connus pour être des facteurs aggravants du changement climatique, ainsi que de lourds pollueurs de notre environnement.

Ouvrière dans un atelier de salaison d'anchois à Necochea (Argentine)

Nous mettons en évidence l’impact que le changement climatique a sur les communautés de pêcheurs, comme premières victimes directement affectées par la montée du niveau de la mer, les inondations, les tempêtes côtières, l’augmentation de la température de l’eau, la perte de la biodiversité aquatique, et les déplacements forcés de population. Nous réalisons la nécessité urgente de développer des stratégies efficaces pour faire face à ces menaces grandissantes. Nous nous opposons à la transformation de nos territoires en sites de conservation « Top down ». C’est un procédé d’accaparement similaire à celui induit par le capitalisme car il empiète sur notre accès et notre contrôle des ressources dont nous dépendons pour notre subsistance. Nous condamnons la mise en œuvre de fausses solutions de reconquêtes de la biodiversité, comme les initiatives de zones de protection marine et de carbone bleu, qui conduisent à l’accaparement des terres, des eaux et des océans. En fin de compte, ces dernières pseudos solutions avalisent, plutôt qu’elles ne remettent en cause, les vrais facteurs du changement climatique et de la destruction de l’environnement. Les impacts de l’accaparement des ressources sont aggravés par les divisions sociales, sexospécifiques, de caste et bien d’autres encore.

Toute la famille pêche la palourde (Japon)

Nous nous opposons à la justification de l’accaparement des ressources présenté comme un « développement durable », une « croissance bleue » ou encore un « embellissement » de nos espaces océaniques, terrestres ou hydriques. Sous couvert de ces objectifs, les Etats facilitent l’accaparement des ressources. Le commerce international et les accords d’investissement, ainsi que les politiques des institutions financières internationales, ont réduit la capacité des Etats à soutenir la majorité des citoyens. En outre, l’évolution vers un multipartenariat a dilué, encore davantage, les responsabilités des Etats, en dissimulant les déséquilibres de pouvoir inhérents à la société néolibérale. De plus, les élites nationales dans les pays du Sud se soustraient à leurs obligations après avoir transformé le rôle de l’Etat par leur alliance avec le capital mondial et national et leur complaisance dans l’accaparement des ressources. En récupérant le langage de certaines demandes communautaires, comme en transformant les droits de la pêche en droits privatifs, les acteurs étatiques et non étatiques, accentuent la dépossession, laissant derrière eux une mer morte et des populations brisées.

Nous devons nous réapproprier le contrôle de l’accès à nos biens communs et à nos ressources naturelles. Une approche fondée sur les droits de l’homme est au cœur de toutes nos actions et de nos activités quotidiennes. C’est le moyen essentiel de protéger nos droits sociaux, politiques, économiques et culturels.

 Dans les parcs à huîtres du bassin de Marennes-Oléron (France)

Nous estimons que la parité entre les sexes et les droits des femmes jouent un rôle crucial, non seulement dans la démocratisation de nos communautés, mais aussi dans la façon dont nous abordons la question de la capture, de la transformation et de la commercialisation du poisson. Les femmes doivent avoir plus d’espace pour participer aux processus de prise de décisions, tout en jouissant d’une opportunité égale d’intégration à des postes de leadership dans toutes les organisations membres du WFFP.

Nous reconnaissons l’importance d’avoir des réglementations et des cadres juridiques solides, qui valorisent la vie des pêcheurs, protègent les communautés de pêcheurs de l’accaparement des terres, des eaux et des mers tout en sécurisant leurs moyens de subsistance, leur contrôle et leur accès aux ressources. Nous nous attachons à établir des relations plus solides avec les autorités locales afin de donner plus d’écho aux pêcheurs dans les politiques concernant leur vie et leur existence. Les Directives sur la pêche artisanale offrent un cadre propice et sont un bon outil pour comprendre comment nos politiques locales et nationales peuvent contribuer à informer et réformer la législation internationale. Nous allons également continuer à travailler pour mettre en œuvre concrètement les Directives sur la pêche artisanale dans nos communautés.

 Séchage des algues à Zamboanga (Philippines)

Nous avons des solutions qui émanent de notre savoir traditionnel et respectent les principes de la souveraineté alimentaire et d’agroécologie. Cela implique que nous nous réapproprions les ressources dont nous dépendons pour notre subsistance et notre alimentation, que nous décidions comment et quelles espèces de poissons nous capturons, à qui nous les vendons et ce que nous mangeons. Les liens avec ces principes sont clairs au niveau de la pêche maritime et continentale.

Nous coexistons et respectons l’environnement naturel. Nos pratiques agroécologiques sont un vecteur puissant pour atteindre la souveraineté alimentaire.

 Ouvrières à l'emballage des crevettes congelées (Java - Indonésie)

Nous percevons très clairement les nombreux points communs entre les problèmes rencontrés par les communautés de pêcheurs, les communautés de paysans et les peuples autochtones –surtout chez les femmes et les jeunes- qui sont des producteurs alimentaires tributaires des ressources naturelles pour leur survie et leurs moyens de subsistance. Nous avons une vision identique sur les façons alternatives de faire progresser notre lutte pour les droits de l’homme. C’est pourquoi, il est crucial de construire des alliances plus solides entre nos communautés et nos mouvements à l’échelle locale, nationale et internationale. Ces alliances nous permettent de créer des liens entre nous, de nous soutenir les uns les autres, de partager nos expériences de luttes et de nous employer collectivement à mettre en œuvre une vision alternative. Plus notre réseau sera vaste, plus nous compterons d’alliés, plus nos voix porteront loin.

Nous sommes les océans, nous sommes les eaux, nous sommes le peuple ».

Par WFFP, WFF et Via Campesina via Collectif Pêche et Développement
et Philippe Favrelière pour les photos

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Un reportage de Sandrienne BOKO, journaliste à TVC-Bénin, une télévision privée basée à Cotonou (Bénin) et membre du REJOPRAO.

Ainsi à travers ce reportage, il en ressort que ces femmes sont de véritables amazones dans leur secteur d’activité. En plus de la commercialisation et de la transformation du poisson, elles financent très souvent les pêcheurs pour leur permettre d’aller en mer. Plus de deux milles enregistrées dans le secteur de la pêche artisanale, les femmes du port de pêche de Cotonou font même parfois appel à des pêcheurs étrangers pour accroître leur chiffre d’affaires.

Source : Sipanews

    Commentaires

    Anonyme a dit…
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