jeudi 30 avril 2015

Gestion des stocks de poisson : Les facteurs environnementaux sont déterminants



Mois d'Avril 2015

^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^

Suite de la revue de presse : Mai 2015


Le 30 Avril 2015

Les facteurs environnementaux, cruciaux dans le renouvellement d’un stock de poissons

L’hypothèse de Johan Hjort, selon laquelle le renouvellement d’un stock de poissons en mer dépend bien plus des facteurs environnementaux que de la quantité de reproducteurs disponibles, vient d'être démontrée par une équipe de chercheurs de l’IRD et de l’Ifremer. Ces scientifiques clôturent ainsi cent ans de débat !

La gestion de la pêche s'appuie toujours sur la théorie opposée à celle de Hjort, que pour renouveler un stock de poissons, il est nécessaire de conserver la moitié des reproducteurs...

Johan Hjort est un zoologiste norvégien, né le 18 février 1869 et mort le 7 octobre 1948.

Hjort est spécialisé sur la zoologie marine et les pêches. Il obtient un titre de docteur en 1902 à l'université de Munich. Il est le premier directeur de l'Institut norvégien de recherches marines de Bergen de 1900 à 1916. Il est l'auteur de Fluctuations in the Great Fisheries of Northern Europe publié dans « Rapports et Procès-Verbaux des Réunions du Conseil international pour l'exploration de la mer » (1914) qui joue un rôle fondamental dans l'étude scientifique des pêches. Source : Wikipedia

Stock de poissons : Hjort avait raison !

Une équipe de chercheurs démontre le rôle prépondérant de l’environnement sur le renouvellement des stocks de poissons. Ils clôturent ainsi cent ans de débat !

C’est probablement le plus bel hommage qu’on pouvait rendre à Johan Hjort, « le Charles Darwin du milieu marin » d’après les spécialistes. Un siècle après la publication de la théorie du zoologiste norvégien, des chercheurs de l’IRD et de l’Ifremer prouvent enfin sa pertinence. Ils mettent ainsi fin à 100 ans de débat au sein de la communauté des biologistes !

De fait, l’hypothèse de Hjort, selon laquelle le renouvellement d’un stock de poissons en mer dépend bien plus des facteurs environnementaux que de la quantité de géniteurs disponibles, a essuyé tant de critiques qu’elle est à l’origine de l’une des plus riches littératures scientifiques en biologie marine.

"Fluctuations in the great fisheries of northern Europe" cliquer Ici pour télécharger le rapport de Johan Hjort

Depuis les premiers travaux de Johan Hjort, la gestion de la pêche se fonde sur la théorie opposée à la sienne. Elle s’appuie sur l’idée que pour renouveler d’une année sur l’autre le stock d’une espèce aquatique pêchée, la moitié du stock parental total doit être conservé.

« Nous montrons qu’en réalité la quantité de géniteurs n’explique que 10 % de la variabilité du renouvellement de poissons ! », explique Philippe Cury. Les 90 % restants tiennent aux facteurs environnementaux et aux interactions entre les espèces. La quantité de nourriture produite par l’océan, la variabilité climatique et la présence de prédateurs comptent parmi les principaux facteurs explicatifs.

« Nos travaux confortent les hypothèses de Hjort, et la richesse des données utilisées en font un résultat robuste », relève-t-il. L’étude qualifie en effet la relation entre le nombre de géniteurs et le renouvellement des stocks pour 211 espèces de poissons, réparties dans le monde. Pour toutes les espèces considérées, l’équipe de chercheurs relève le même résultat.

La dépendance des poissons aux aléas environnementaux tient à leur caractère évolutif singulier : du thon rouge à l’anchois, tous pondent des oeufs de même taille. « Dans l’océan, le plus gros mange le plus petit. Une larve de morue peut donc être mangée par sa proie adulte ! », commente le chercheur. Ainsi, le renouvellement d’un stock de poisson repose sur l’abondance des prédateurs dans le lieu de ponte, plus que sur le nombre de géniteurs. « Un poisson pond des milliers d’œufs par an : avec des conditions favorables, il peut recoloniser l’océan à lui seul », ajoute-t-il. Pour la conservation des espèces aquatiques, la prise en compte de ce jeu d’interactions entre les populations et l’environnement apparaît donc essentielle. « Nos résultats justifient le besoin de considérer tous les facteurs environnementaux et dynamiques écosystémiques ! », conclut-il. Source :  IRD - Sciences au Sud n° 78 - février-mars-avril 2015


29 Avril 2015

Surpêche : A la course aux pêcheurs sachant pêcher !



Quand la surpêche, les poissons coulent #DATAGUEULE 27

Réponses du Seafood de Bruxelles, MSC et Seaweb

Au Seafood de Bruxelles 2015, le plus grand salon de l’industrie du poisson dans le monde, « La pêche responsable est au cœur des discussions. La majorité des exposants mettent leur label en avant, gage de protection de l’environnement. Que l’on soit Thai, Chinois, Américain, Islandais ou Belge, le respect de l’environnement est à présent un critère déterminant... » Lire Le Soir : Bruxelles: Seafood attire 25.000 visiteurs étrangers sur le plateau du Heysel

La nouvelle campagne du Marine Stewardship Council

A la découverte « Des pêcheurs sachant pêcher »

Des pêcheurs sachant pêcher



Parce que choisir un produit de la mer durable peut avoir des conséquences encore insoupçonnées par les consommateurs, le MSC vous éclaire sur l’importance d’un tel acte à travers sa dernière campagne de communication «Des pêcheurs sachant pêcher».

Les océans représentent plus de 70% de la superficie du globe et à l’heure actuelle, environ 30% des stocks de poissons sont surexploités. Pour lutter contre cette situation, le Marine Stewardship Council (MSC) s’engage depuis plus d’une décennie pour la préservation des espèces et habitats marins grâce à un label exigeant. Il permet aux consommateurs de faire le choix de la pêche durable parmi plus d’une centaine d’espèces de poissons et de crustacés portant le label bleu MSC.


D’années en années, force est de constater que les chiffres plaident en faveur d’une pêche plus durable : dans le monde, 25 000 produits de la mer portent le label MSC. Au total, 9% des captures mondiales de poissons sauvages sont certifiées MSC. Même si nombre de consommateurs choisissent un produit de la mer durable au moment d’effectuer leurs achats, beaucoup ignorent encore l’impact réel de ce choix pour les pêcheurs concernés mais aussi pour l’écosystème marin. Avec la nouvelle campagne « Des pêcheurs sachant pêcher », le MSC éclaire notre lanterne de consommateur sur l’importance d’un tel acte. D’abord avec un spot vidéo décalé réalisé en magasin où une cliente filmée en caméra cachée va comprendre lors de son passage en caisse que l’achat d’un poisson labellisé MSC fait la différence pour la santé des océans ! Sur le site internet dédié à la campagne, le MSC nous fait ensuite partir à la rencontre des marins-pêcheurs engagés pour la préservation des océans à travers 4 portraits vidéos.

Au final, les consommateurs pourront découvrir quels sont les impacts engendrés par l’achat d’un produit labellisé MSC. Il ne vous reste plus qu’à vous plonger dans l’océan de la pêche durable et à méditer ces informations lors de vos prochains passages en caisse. Heureusement, on ne vous demandera pas de répéter « Des pêcheurs sachant pêcher » trois fois de suite !

Romain Davodet, pêcheur de homard à Carteret



Après un Bac scientifique en poche suivi d’une formation dans la marine marchande, Romain est revenu au métier qu’il a toujours voulu faire : être pêcheur. Depuis 2006, il sort en mer en journée à la recherche du précieux homard bleu du Cotentin. Il pose et relève quotidiennement ses casiers et contribue, en utilisant ces arts dormants, à préservation des fonds marins. Partagée entre Jersey et la Basse-Normandie, cette pêcherie artisanale est certifiée MSC depuis juin 2011 et compte environ 130 navires qui capturent le homard au casier.


Gaëtan Lappart, bolincheur à Douarnenez (Bretagne)



Accompagné de ses 7 marins, c’est de nuit que Gaëtan part en mer pour pêcher un des poissons les plus emblématiques de la région de Douarnenez : la sardine. Ils utilisent alors la technique de la bolinche, ou senne tournante, qui consiste à encercler les bancs de sardines repérés au sonar. Détentrice de la certification MSC depuis août 2010, l'Association des bolincheurs de Bretagne compte une vingtaine de navires, comme celui de Gaëtan, qui pêchent la sardine à la bolinche.


Pascal Verdière, Patron de la Grande Hermine à Saint-Malo



En tant que patron de la Grande Hermine pour la Compagnie des Pêches Saint-Malo, Pascal gère lui-même le bateau, avec l’aide de son bosco et de son équipage. Engagé depuis longtemps dans une démarche de pêche durable pour le cabillaud et l’églefin, il considère le MSC comme une réelle reconnaissance qui pousse les marins à s’améliorer d’année en année pour préserver la ressource.
En avril 2012, l’armement boulonnais EURONOR et la Compagnie des Pêches Saint-Malo ont obtenu la certification MSC pour le cabillaud et l’églefin, portée par l’organisation de producteurs, le FROM Nord.

Bernard Kaczor, patron de pêche pour EURONOR, à Hanstholm (Danemark)



C’est à bord d’un chalut que Bernard pêche le lieu noir, plus communément appelé colin. Suite à un long voyage, Bernard et son équipage se retrouvent dans les fjords norvégiens, lieu de prédilection de ce poisson migrateur. Conscient que la préservation des ressources est étroitement liée au maintien du métier de pêcheur, Bernard est engagé depuis longtemps dans une démarche de pêche durable.
En mars 2010, cette pêcherie de lieu noir de l'armement EURONOR, basé à Boulogne-sur-Mer, devient la première pêcherie française à recevoir la certification MSC.

Quand les restaurateurs de Seaweb Europe débarquent dans le port de pêche

Chefs et marins ont la pêche durable

https://www.facebook.com/seawebeurope/photos/a.483760321781500.1073741855.141432589347610/483760341781498/?type=1&theater
Encouragés par une association écologiste (Seaweb Europe), les pêcheurs de l’île d’Oléron ont embarqué à leur bord plusieurs chefs de la région, avec un objectif commun : la préservation de la ressource.

Source : Charente Libre par Agnès Marroncle

Départ 3 heures du matin, retour 8 heures. Il y avait longtemps que Franck Méteau n’avait pas fait une marée aussi courte. "D’ordinaire, on ne touche pas le port avant 11 heures", déclare le patron du bateau Le Pulsar, un des fileyeurs de La Cotinière. Franck Méteau devait bien cette journée écourtée à l’Organisation de producteurs dont il est le président.

Cette OP regroupe 110 bateaux dont 80 pour le seul port oléronais, les autres enregistrés au Chapus, à La Tremblade et Marennes. "L’OP s’est associée à l’ONG [organisation non gouvernementale] Seaweb Europe pour inviter des chefs de restaurants gastronomiques à venir voir comment nous travaillons."

Les quelques restaurateurs participant à l’opération ont également dû se lever tôt, ce lundi, pour assister à la vente en criée. Ils ont ensuite rejoint un ponton où les attendaient quelques bacs d’une pêche toute fraîche et de saison. "En ce moment, il y a de la seiche, du bar, de la lotte. La langoustine démarre juste et le maigre arrive aussi."

A partir de ces espèces complétées d’un panier du maraîcher, les chefs ont pris les choses en main dans des cuisines improvisées sur le plancher tanguant du Pulsar et d’un chalutier voisin. "Nous ne sommes pas si mal installés. Nous avons un four, un petit plan de travail, deux feux, c’est comme chez la ménagère", relève Thierry Verrat, chef étoilé de La Ribaudière à Bourg-Charente.

mercredi 29 avril 2015

En Afrique, le marché du poisson d'importation est très prometteur selon une étude marocaine...


News de la pêche dans le monde  : Afrique, Asie, Amérique et Océanie 

Mois d'Avril 2015

^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^

Suite revue de presse : Mai 2015


Le 30 Avril 2015

Exportations des produits halieutiques: L'Afrique, un marché prometteur

« Les grands pays de l’Afrique, importateurs de produits halieutiques, peuvent consommer à eux seuls la plus grande partie des exportations des autres pays de l’Afrique sans que leurs besoins ne soient couverts », selon l'ICTSD

Le potentiel est grand et pas assez exploité. Voici le principal constat que l’on pourrait tirer de la récente publication de la Direction des études et des prévisions financières (DEPF), intitulée «Quelles opportunités pour les produits halieutiques marocains sur le marché africain ?».

Cliquer Ici pour télécharger le rapport « Quelles opportunités pour les produits halieutiques marocains sur le marché africain ? »

Source : Aujourd'hui Maroc  par Dounia Mounadi

L’exportation des produits halieutiques vers l’Afrique se heurte à de multiples contraintes exogènes et dont la levée ne pourrait intervenir qu’à moyen et long termes.

Ainsi, le ministère de l’économie et des finances s’est penché sur le potentiel qu’offre le marché africain en termes d’exportations de produits halieutiques. Aussi, les analyses effectuées dans le cadre de cette étude ont permis de révéler le fort potentiel dont jouissent les exportations marocaines des produits halieutiques sur le marché africain qui recèle d’importantes capacités de développement non encore exploitées.

Il faut dire que le croisement entre le rythme de croissance et la valeur des importations des produits halieutiques de l’Afrique sur les cinq dernières années révèle un certain déséquilibre. La demande africaine est de plus en plus accrue pour la majorité des produits, avec en tête les conserves de poissons avec un taux de croissance annuel moyen de 22%, les crustacés et mollusques avec 21% et 9% pour le frais.



De l’autre côté, les échanges commerciaux des produits halieutiques entre le Maroc et l’Afrique représentent à peine 15%, en moyenne sur la période 2008-2012 de la valeur globale des exportations marocaines en ces produits.

Une disparité qui gagnerait à être rééquilibrée. Pour ce faire, la DEPF a commencé par identifier les principaux freins au développement des exportations marocaines des produits halieutiques sur le marché africain. En effet, ce développement se heurte à de multiples contraintes exogènes et dont la levée ne pourrait intervenir qu’à moyen et long termes.

Ces contraintes sont liées essentiellement à plusieurs blocages au commerce intra-africain en raison de la multiplicité des difficultés liées aux frontières des pays, des droits de douane et coûts de logistique élevés, du faible pouvoir d’achat de la majorité des pays africains, de la forte concentration de la demande sur les poissons frais, du manque d’infrastructures ainsi que de la rude concurrence exercée notamment par les pays de l’Asie.


Par ailleurs, la DEPF a identifié d’autres contraintes endogènes à l’origine de la faible performance des exportations marocaines des produits halieutiques sur le marché africain. Il s’agit notamment des contraintes liées à la logistique, la méconnaissance du marché africain et des habitudes alimentaires de ses pays, la nécessité d’une stratégie commerciale mieux adaptée du Maroc pour les produits halieutiques et d’accompagnement des entreprises dans leur démarche à l’export et la forte concentration des produits transformés…

Toutefois, il faut noter que les différents efforts de coopération engagés récemment par le Maroc sous impulsion royale pour le développement du commerce avec l’Afrique reflètent une nouvelle prise de conscience de l’importance croissante quant à la diversification des débouchés de ses exportations halieutiques qui restent actuellement fortement concentrées, notamment sur le marché de l’Europe, premier partenaire du Maroc en termes d’échanges extérieurs. Ainsi, la DEPF appelle à la mise en place des réformes pouvant pallier les différents obstacles pour favoriser l’essor des échanges intra-africains du Maroc.



Recommandations

Selon la DEPF, le Maroc devrait faire preuve d’un effort soutenu pour lever les obstacles qui limitent ses exportations halieutiques vers l’Afrique et ainsi se construire une ambition stratégique sur son propre continent. En gros, si l’évolution de la demande africaine le permet, le Maroc en a potentiellement les moyens et la volonté royale l’y invite. Voici donc, en synthèse, les recommandations du ministère de l’économie et des finances :
  1. Le Maroc devrait renforcer sa capacité de production à travers la poursuite de développement de sa filière aquacole et de sa flotte hauturière nationale.
  2. La mise en œuvre d’une politique régionale au niveau de l’Afrique pour permettre une meilleure anticipation et une gestion plus efficace des risques d’épuisement des stocks.
  3. L’optimisation des volumes débarqués portant sur la réduction des pertes après capture et l’amélioration des conditions de préservation à bord.
  4. L’ajustement de la politique commerciale nationale d’exportation et des actions à entreprendre pour faire émerger une stratégie cohérente spécifique pour l’Afrique.
  5. La diversification des exportations à travers une augmentation des exportations de produits traditionnels vers de nouveaux marchés non encore explorés.
  6. L’amélioration des infrastructures commerciales à travers de nouvelles connexions terrestres et surtout maritimes entre le Maroc et les pays d’Afrique.
  7. L’organisation et la fédération des différentes familles d’opérateurs marocains à l’export avec une meilleure collaboration avec le secteur bancaire conjuguée à l’amélioration de l’assurance à l’export en faveur des PME opérant en Afrique.
  8. Le déploiement d’efforts supplémentaires pour soutenir les entreprises marocaines et les encourager à exporter davantage vers le continent.
  9. Le renforcement des investissements stratégiques en Afrique, notamment pour exploiter le savoir-faire marocain dans le secteur des pêches et améliorer le commerce des produits de la pêche sur les marchés régionaux.
  10. La promotion du commerce intra-africain à travers le renforcement de l’application des accords commerciaux régionaux existants, en particulier ceux qui portent sur l’élimination des obstacles tarifaires et non tarifaires.
  11. La mise en place d’un cadre réglementaire adapté et une plus ample harmonisation des accords de pêche au niveau sous-régional.

^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^

Le 29 Avril 2015

Vers la marchandisation de l'océan...

Le plancton, une ressource inestimable qui vaut de l'or !

En absorbant le CO2, le plancton a une valeur inestimable pour notre survie sur la planète... Une valeur inestimable ! Non ! Puisque le WWF estime à 4 300 milliards de dollars la capacité des océans à fixer les émissions anthropiques de dioxyde de carbone. Autres contributions des océans : Le commerce maritime (voies de navigation) qui rapporte 5.200 milliards de dollars ainsi que les activités touristiques en tant que production indirecte (actif "adjacent") liée aux océans, estimées à 7.800 milliards de dollars. 

Avec tous ces milliers de milliards de $, ne pas oublier la valeur des stocks halieutiques, des prairies marines et autres mangroves estimée à 6 900 milliards de dollars...


Les océans du monde ont une valeur économique de 24.000 milliards de dollars US, chiffre le WWF dans un rapport paru le 23 avril. Réalisé avec le Global change Institute de l'Université du Queensland (Australie) et le cabinet conseil Boston consulting group (BCG), ce rapport est "le premier du genre à se pencher aussi précisément sur la question du patrimoine océanique", souligne l'ONG. Alors que les océans couvrent plus des deux tiers de la surface de la Terre, l'étude évalue leur capacité économique à fournir des biens et des services écosystémiques. Les océans "procurent de la valeur sous les formes les plus diverses, de l'alimentation au tourisme en passant par la protection des côtes".

Combien valent les actifs océaniques ?

Ainsi, les stocks halieutiques, les mangroves, les récifs coralliens et les herbiers marins – produits "directs" issus des océans - génèrent 6.900 milliards de dollars. La production mondiale de la pêche et de l'aquaculture était de 158 millions de tonnes en 2012, "avec les deux tiers produits par les océans", précise le rapport. Près de trois milliards de personnes dépendent du poisson comme "source importante de protéines animales". Pour de nombreux pays, la valeur économique des industries liées à la pêche atteint les 2.900 milliards de dollars. Les mangroves sont quant à elles présentes dans 123 pays et fournissent des services écosystémiques d'une valeur de 57.000 dollars par hectare et par an. Les récifs coralliens procurent également alimentation et emplois à "plusieurs centaines de millions" de personnes et en assurent aussi la protection contre "les tempêtes".

L'étude inclut également le commerce maritime (voies de navigation) qui rapporte 5.200 milliards de dollars ainsi que les activités touristiques (actif "adjacent" lié aux océans), estimées à 7.800 milliards de dollars. Autre contribution : la valeur des océans - qui absorbent 30% des émissions anthropiques de dioxyde de carbone (CO2) (via le phytoplancton) - est évaluée à 4.300 milliards de dollars.

Calculé de la même manière que le PIB (produit intérieur brut) national, le produit marin brut annuel placerait les océans au septième rang des économies mondiales - soit après la Grande-Bretagne et avant le Brésil - grâce à "une production annuelle de biens et de services", estimée à 2.500 milliards de dollars. Il s'agit toutefois d'une "sous-estimation", préviennent les auteurs. Les formes de production "qui ne sont pas à proprement parler générées par les océans" (pétrole et gaz sous-marins, énergie éolienne) ont été exclues des calculs. Idem pour le rôle de l'océan dans la régulation du climat.

Les océans génèrent "des centaines de millions d'emplois" dans le tourisme, la pêche, l'énergie, le transport ou encore la biotechnologie, ajoute le rapport. En mer Méditerranée, "le tourisme maritime et côtier représente, à lui seul, plus d'un tiers de l'économie maritime, génère une valeur d'environ 100 milliards d'euros et emploie 1,7 million de personnes", a précisé Giuseppe Di Carlo, directeur de l'inititative Méditerranée marine du WWF. 

Extrait de l'article de Rachida Boughriet dans Actu-Environnement : La richesse économique des océans dépend de leur bonne santé


^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^

Le 28 Avril 2015

Banque mondiale

La mondialisation des chaines de valeur paupérise les populations


Sur la côte nord-ouest de l'Inde, les pêcheurs de Mundra sont directement touchés par la présence d'usines (notamment de la société Tata), des investissements financés par la Banque Mondiale. Les pêcheurs ont constaté une diminution de la ressource en poisson et en langouste dans cette baie jadis source de richesse... Photo : Sami Siva / International Consortium of Investigative Journalists

Comment la Banque mondiale finance la destruction environnementale

Selon une nouvelle enquête menée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ, selon le sigle anglais), le Huffington Post et plus de 20 autres partenaires issus des médias, la Banque mondiale n’applique pas ses propres règles en matière de protection des personnes lorsqu’elle finance certains projets, ce qui a des conséquences désastreuses. L’enquête conclut que les projets financés par la Banque mondiale au cours de la dernière décennie ont affecté environ 3,4 millions de personnes en les forçant à quitter leur foyer, en les dépossédant de leurs terres ou en menaçant leurs moyens de subsistance.

Pour aller plus loin : How the World Bank is financing environmental destruction


Comment placer l’Afrique au cœur des chaînes de valeur mondiales

Quels sont les freins à l’intégration des entreprises africaines dans un commerce mondial en croissance ? Qu’attendre de cette intégration ? Tel était le thème de la conférence intitulée « L’Afrique au cœur de la chaîne de production mondiale » organisée le 16 avril à Washington, lors des Réunions de printemps du Groupe de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.

L’Afrique au cœur de la chaîne de production mondiale



World Bank

Les économies africaines connaissent une série de défis sans précédent à leur croissance, leur compétitivité et leurs opportunités d'investissement. Comment les entreprises et banques africaine peuvent-elles attirer des investissements et mobiliser des capitaux pour développer des marques africaines capables de créer des emplois et de renforcer le rôle et l'influence du continent africain sur la scène économique mondiale ?

Les points marquants

~ Le 16 avril, une table ronde s’est intéressée aux solutions permettant de mieux intégrer des entreprises africaines au commerce mondial.
~ Un panel réunissant ministres des finances, entrepreneurs et professionnels du développement a évoqué l’intégration régionale, les infrastructures, la responsabilité sociale des entreprises et les investissements.
~ Les participants ont convenu qu’outre l’aide internationale, des solutions locales étaient indispensables pour placer l’Afrique au cœur des chaînes de valeur mondiales.

Source : Banque Mondiale  - Washington, le 18 avril 2015

Quels sont les freins à l’intégration des entreprises africaines dans un commerce mondial en croissance ? Qu’attendre de cette intégration ? Tel était le thème de la conférence intitulée « L’Afrique au cœur de la chaîne de production mondiale » organisée le 16 avril à Washington, lors des Réunions de printemps du Groupe de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.

mardi 28 avril 2015

Nouvelle-Calédonie : l’aquaculture de crevettes en crise


Revue de presse d'Avril 2015

^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^

Suite de la revue de presse : Mai 2015


Nouvelle-Calédonie : l’aquaculture de crevettes en crise


Produit rare recherché par les restaurants étoilés du monde entier, la crevette calédonienne est en crise. Une baisse de la production de 40 %, due à des aléas climatiques, fragilise la filière alors que la concurrence s’accroît sur ce marché de niche.... Suite dans le marin


^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^

Le 30 Avril 2015

Mytiliculture : la profession est sur le qui-vive

https://fr-fr.facebook.com/pages/Mairie-de-Charron/287258481296269
2014 a été catastrophique pour les mytiliculteurs charentais-maritime.

Les aides aux mytiliculteurs sont euro-compatibles (Source : Facebook Mairie de Charron)

À quelques semaines du début de la commercialisation des premières moules de filières, les mytiliculteurs charentais-maritimes ne sont pas sereins.

Source : L'Hebdo 17
« À la marée d’hier, il n’y avait pas de mortalité, si ce n’est le 1 % habituel ». Mercredi 21 avril, Benoît Durivaut, président du syndicat des mytiliculteurs du Pertuis Breton se montrait confiant. Une situation aux antipodes de celle connue l’année passée, à pareille époque. En effet, en 2014, la majeure partie de la production des moules de filières et de bouchots, produite au large des côtes de la Charente-Maritime, avait été décimée par un virus, selon le laboratoire l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer).

Si, pour le moment, le naissain (larves de moules, ndlr) semble tenir sur les collecteurs posés en mer, le Comité régional de la conchyliculture (CRC) du Poitou-Charentes a tout de même les yeux rivés sur les rapports journaliers émanant de son vis-à-vis des Pays de Loire.

La Baie de Bourgneuf, située plus au nord de celle de l’Aiguillon et englobant la côte est de l’île de Noirmoutier, connaît à ce jour un taux de mortalité dans les concessions de moules allant de 80 à 90 %. Les premières analyses menées par l’Ifremer sont toujours en cours, mais laisseraient apparaître la présence d’une bactérie pathogène. Bactérie, qui serait identique à celle en partie à l’origine de la mortalité constatée dans le bassin charentais-maritime l’année passée.

Cette similitude du phénomène « inquiète, mais n’alarme pas encore », dixit Benoît Durivaud. Malgré tout, la vigilance est de mise chez les professionnels qui, depuis quinze jours en effet, ont constaté dans le Pertuis Breton situé au large des côtes vendéennes « des petits signes d’augmentation de la mortalité des mollusques ». Une inquiétude renforcée par le fait que ces mêmes sites avaient déjà été touchés en 2014. La mortalité faisant peut-être son apparition avec un mois de retard. Seule certitude, les mytiliculteurs ne pourront que subir, ce qui pourrait bien sonner le glas de leur profession.

Sept années pour s’en remettre

Mickaël Sarreau a repris il y a cinq ans maintenant, l’entreprise familiale, qui se transmet de père en fils depuis quatre générations. Même si, à 35 ans, il ne regrette pas de s’être lancé dans l’aventure, 2014 lui laisse cependant un goût amer. Elle aura été pour lui synonyme de double peine. L’année passée, avant les premiers signes de mortalité, le jeune chef d’entreprise avait investi, histoire de développer son entreprise. 120 000 €. C’est le montant qu’il a dû débourser pour l’achat d’une filière et de 800 m de bouchots supplémentaires, ainsi que pour celui d’un bateau. Bilan des courses : 4 tonnes seulement de moules de vendues, contre 50 en 2013. Malgré tout, il a su rester la tête hors de l’eau, grâce à la diversification de la production de son entreprise, répartie en parts égales entre moules et huîtres. Et, comme pour les moules, le naissain d’huîtres est « beau actuellement », mais seul l’avenir dira ce qu’il deviendra.

Ombre au tableau, l’entreprise de Mickaël, comme onze autres dans le département, n’a toujours pas été indemnisée au titre des calamités agricoles. Elle devrait l’être cependant avant le mois d’août, dans le cadre de mesures complémentaires. Le montant sera calculé sur la base de 12 % des pertes subies. D’autres mytiliculteurs ont, eux, eu recours à l’emprunt, notamment pour éviter de procéder à des licenciements. Conséquence, selon Benoît Durivaud, « sept années à venir sans aucun investissement pour eux  ».

^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^

Et pourquoi pas la conchyliculture et l'algoculture ?

Le Foll veut inscrire l'agro-écologie à "l'agenda des solutions" de la COP21

Comment faire du problème agricole une des solutions pour la lutte contre les changements climatiques ? En développant l'agro-écologie qui permet de stocker du carbone tout en augmentant les rendements, plaide la France.

Source : Actu-Environnement |  Philippe Collet

La lutte contre les émissions de gaz à effet de serre (GES) dans le secteur agricole peut-elle constituer une opportunité plutôt qu'une contrainte ? Oui, a répondu Stéphane Le Foll, le 27 avril à l'issue d'une réunion de travail relative au programme de recherche international "quatre pour mille" sur la séquestration du carbone dans les sols. Pour y parvenir, le ministre de l'Agriculture compte s'appuyer sur ce programme de recherche, mis en œuvre par l'Inra et le Cirad, qui combine la lutte contre les changements climatiques et l'amélioration des rendements agricoles. "Une telle augmentation [de la séquestration du carbone dans les sols] permettrait de compenser l'ensemble des émissions des gaz à effet de serre de la planète, inversement, une diminution de 4 pour 1.000 déboucherait sur un doublement des émissions", explique le ministère de l'Agriculture qui souligne par ailleurs le bénéfice en terme de rendement lié à l'augmentation de la matière organique dans les sols.

Il s'agit donc de promouvoir "une stratégie de réconciliation" entre l'amélioration de la sécurité alimentaire et la lutte contre les changements climatiques, résume Stéphane Le Foll qui évoque une "deuxième Révolution verte". Pour ce faire, il entend promouvoir ce programme de recherche dans le cadre de "l'agenda des solutions" qui regroupe des initiatives complémentaires à l'accord international attendu à Paris associant gouvernements et acteurs non-gouvernementaux et visant à soutenir et amplifier les engagements des Etats.

Selon le ministère de l'Agriculture, quelque 45 Etats auraient montré de l'intérêt pour le programme 4 pour 1.000. Le Brésil, qui cherche à restaurer ses sols dégradés pour freiner la déforestation motivée par les besoins en nouvelle terre agricole, est "très impliqué", explique le ministre. "Pour l'instant, les Etats-Unis regardent", a précisé Stéphane Le Foll, ajoutant vouloir "les sensibiliser au sujet à l'occasion du G20 agricole d'Ankara" du 6 au 8 mai 2015. Parmi les grands absents figurent l'Afrique et l'Inde qui "est très réticente".

Plaidoyer pour l'agro-écologie

Au niveau mondial, les sols, hors sols gelés en permanence (le pergélisol ou permafrost pour le terme anglais) stockent sous forme de matière organique l'équivalent de 2,6 fois le carbone présent dans l'atmosphère. Par ailleurs, les sols absorbent environ un quart des émissions mondiales de CO2. Ce stockage est assuré grâce à la photosynthèse, qui permet d'extraire du CO2 de l'atmosphère, associée à la dégradation des végétaux, qui transfère vers les sols le carbone contenu dans les végétaux. Cependant, l'essentiel de cette absorption est réalisé par les forêts, les sols agricoles ne jouant qu'un rôle secondaire. S'agissant des sols cultivés, la situation est d'autant plus critique qu'en moyenne ils auraient perdu 50 à 70% de leur stock de carbone initial au niveau mondial.

Ce constat, plutôt négatif, est néanmoins porteur d'espoir puisqu'une politique agricole favorisant le stockage de carbone dans la matière organique des sols permettrait de renverser la tendance et de lutter contre les changements climatiques. D'autant qu'une telle stratégie "reviendrait à reconstituer la banque de nutriment du sol et à augmenter sa fertilité", plaide le ministère. Pour y parvenir, le ministère de l'Agriculture défend le développement au niveau mondial de l'agro-écologie qui privilégie une meilleure couverture des sols par la végétation, par rapport au modèle agricole intensif.

Un programme emblématique

....

^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^

Le 29 Avril 2015

« Je regrette que mon avenir ne soit pas en Creuse »

Un jeune aquaculteur creusois en stage au cœur de l’Amazonie


Hugo Bernard, jeune étudiant creusois en aquaculture, est parti à la rencontre des communautés amazoniennes afin de les aider à reconstruire leurs étangs.

Source : Le Populaire par Edwige Blanchon

Âgé de 20 ans, Hugo Bernard, creusois d’origine, étudie la pisciculture à l’école ISETA de Poisy, près d’Annecy. Après un baccalauréat STAV (Sciences et technologies de l’agronomie et du vivant), il décide de continuer avec un BTS aquaculture en Lozère, à la Canourgue. « Grâce à ces études, j’ai pu réaliser un stage dans l’entreprise Prunier en Dordogne, pionnière dans la production d’esturgeons pour le caviar et je suis parti un mois au Brésil pour découvrir la production piscicole locale sur le Rio Sao Francisco à Pétrolina, avec un vétérinaire de l’école vétérinaire (UNIVASF) ». Actuellement en licence professionnelle, Hugo Bernard a choisi de repartir à l’étranger pour effectuer son stage de six mois. Sa destination : l’Amérique du Sud. L’association Lupuna de Paris proposait un stage pour le développement de l’aquaculture en région Amazonienne au Pérou. L’étudiant, mordu des voyages, s’est donc porté volontaire sans hésiter. Il a été accueilli le 15 mars dernier par l’association IBV (Instituto para el Buen vivir) et séjourne jusqu’en août auprès des communautés amazoniennes.

Aider la population à s’approvisionner

Le jeune Creusois doit apporter ses connaissances en pisciculture afin d’aider au développement alimentaire, la population de la communauté native de Napuruka, situé sur le Rio Maranon, au nord du Pérou. « Beaucoup possèdent de petits étangs pour produire du poisson mais une majorité les abandonnent par manque de techniques et d’argents. Le souci, c’est que la population est en forte croissance et la pauvreté ne leur permet pas d’avoir accès régulièrement à des aliments protéinés ». L’étudiant va donc aider ces Amazoniens à produire du poisson dans des petits étangs de 100 à 200 mètres², alimentés par de petites sources ou ruisseaux non pollués. Il doit ainsi les conseiller et améliorer la production de la communauté qui souhaite exploiter le potentiel aquacole de leur étang. Durant six mois, il prévoit également des interventions auprès des jeunes de l’école primaire (8-13 ans) pour qu’ils puissent se familiariser à l’aquaculture. « J’aimerais mettre en place un pilote expérimental pour que les enfants fassent de la pratique ».

« Je regrette que mon avenir ne soit pas en Creuse »

....

^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^

Maroc. Beni Mellal se lance dans la course à la pisciculture

L’objectif est de transformer des zones marécageuses, véritables foyers de maladies parasitaires, en terrains agricoles viables, à travers l’aquaculture.

La carpe herbivore pour la mise en valeur des marécages
Asmak Nile renforce ses infrastructures
Un premier contrat dans la grande distribution

Des carpes de Chine pour nettoyer les barrages et des poissons du Nil pour la consommation dans la région de Beni Mellal. C’est le projet récemment introduit par la société Asmak Nile, spécialisée dans la pisciculture.

Source : L'Economiste

L’originalité de ce concept réside dans la valeur piscicole de terrains marécageux impropres aux activités agricoles. Et tout le «travail de nettoyage» est réalisé par des carpes de Chine herbivores introduites spécialement au Maroc. «L’aquaculture reste l’unique activité pouvant mettre en valeur ce type de terrain», soutient Rabia Souilem, directeur technique d’Asmak Nile.

lundi 6 avril 2015

Greenpeace vs Petit Navire ; Il faut changer de thon !


Copie d'écran de la campagne de Greenpeace : Arrêthons

La durabilité d'une pêcherie ne se mesure pas à la perception de la souffrance qu'endurent les individus capturés. La gestion des pêches ne peut pas et ne doit pas être une gestion technico-biologique. Condamner les dispositifs de concentration de poissons (DCP) qui permettent de maximiser les prises des pêcheurs industriels, ne résout aucun des problèmes des pêches lointaines au thon. La réduction du nombre des DCP est une des revendications des armements thoniers français : Greenpeace, en ciblant sa campagne sur cette question, détourne le public des vraies questions. Les flottilles de pêche artisanales et locales doivent être défendues face aux géants de l'industrie thonière, non parce que leurs techniques de pêche sont moins douloureuses pour les poissons, non parce qu'elles seraient nécessairement respectueuses de la nature (ce n'est pas le cas), mais parce qu'il s'agit d'un modèle plus juste, créateur d'emplois qui permet plus de dignité et une relation plus saine aux ressources marines, ce bien commun.

Clément Calmettes, avril 2015


L'histoire de Petit Navire et la pêche au thon



Petit Navire est le leader du thon en boîte sur le marché français. Malgré l’ambition affichée d’être exemplaire en matière de pêche durable, la marque s’approvisionne en thons pêchés avec une technique de pêche ravageuse pour les océans : les dispositifs de concentration de poissons.

Greenpeace

Greenpeace vs Petit Navire : il faut changer de thon !

En octobre 2014, Greenpeace France a lancé une campagne « Arrêthons ». Au-delà du bon jeu de mot, il faut saluer l'initiative : tout n'est pas bon dans le thon et l'industrie thonière européenne mérite bien des critiques. Elle est un exemple parfait d'une exploitation irraisonnée des hommes et des ressources naturelles des pays du Sud au profit de l'Europe. Les compagnies espagnoles et françaises de pêche au thon sont extrêmement puissantes et soutenues par les Etats et l'Union Européenne alors même qu'elles usent et abusent de tous les dispositifs d'optimisation et de dumping possibles.

Sur quoi porte la campagne de Greenpeace ?

Le seul texte visible dans la vidéo est le suivant « Le thon Petit Navire est pêché avec une technique destructrice, le dispositif de concentration de poissons ». Tout le thon Petit Navire n'est pas pêché sous DCP (Dispositif de Concentration de Poissons) et les DCP ne sont pas une technique de pêche. La technique de pêche utilisée est la senne coulissante, un engin qui a de nombreux avantages écologiques par rapport à d'autres techniques. Les sennes n'ont absolument aucun impact sur les fonds marins puisqu'elles pêchent en surface. Ces grand filets encerclants permettent également de ne pas blesser les animaux capturées : ils peuvent donc, à condition que les équipages soient formés et le souhaitent, être libérées sans problème.

Copie d'écran du portail Petit Navire : Les engagements de Petit Navire 

La senne coulissante pour les thons a cependant des inconvénients en termes écologiques : elle est terriblement efficace, en particulier associée à de nombreuses technologies de détection et de concentration du poisson. D'après les avis scientifiques, malgré des données trop parcellaires, les différentes espèces de thonidés ne sont pas en danger immédiat, mais la vigilance est de mise. Dans la plupart des mers du monde, des organisations régionales de gestion des pêches (la Commission des Thonidés de l'Océan Indien, la Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l'Atlantique,...) développent des programmes d'observation et de contrôle des pêches. Il ne faut pas balayer trop rapidement la question de la surexploitation des espèces de thonidés exploitées, mais un certain nombre de garde-fou existe.

Les DCP dérivants dont il est question pour la grande pêche thonière sont des radeaux équipés de nombreux capteurs et qui communiquent régulièrement leurs informations aux thoniers senneurs. Cette technologie est largement issue des travaux d'instituts publics de recherche comme l'IFREMER ou l'IRD en France, ainsi que de leurs homologues espagnols ou asiatiques. Le principe est de recréer un écosystème au milieu de l'océan, en fixant les micro-organismes et le plancton, puis les prédateurs et enfin les super-prédateurs que sont les thons. On estime généralement que cette technologie n'augmente pas la biomasse mais « concentre » les espèces migratrices du large en un point, rendant la capture plus facile. Le développement de ces DCP depuis la fin des années 1980 a engendré une augmentation des captures de thon listao (moins cher que l'albacore ou le thon obèse) et de jeunes thons. D'autres espèces peuvent également se retrouver sous les DCP comme des mammifères marins ou des tortues, leur capture est interdite et elles doivent impérativement être libérées avec le moins de dommage possible. La polémique sur les DCP n'est pas neuve et l'industrie thonière française milite pour une réduction du nombre de ces épaves flottantes, beaucoup plus utilisées par les navires espagnols que par les navires français. Cette distinction s'explique notamment par une préférence des navires français pour les espèces à plus forte valeur commerciale (thon albacore, en particulier).

Comment Greenpeace sensibilise le public ?

vendredi 3 avril 2015

Festival Pêcheurs du Monde 2015 : La voix des invisibles

Festival Pêcheurs du Monde 2015

7e édition

17-22 Mars 2015

La voix des invisibles

Les deux jurys du festival ont récompensé cinq films sur les 14 soumis à leur appréciation. Certains membres ont même regretté de ne pouvoir récompenser des films non-inscrits dans la compétition, ce qui témoigne de la qualité globale de l’ensemble des films présentés- 46- durant les six jours.

Tous les films primés donnent la parole aux invisibles du monde de la pêche, ceux et celles dont la voix ne parvient jamais, ou rarement, aux oreilles des décideurs.

Les deux jurys réunis, celui des jeunes et celui des professionnels, ont attribué le prix Chandrika Sharma à « Wawata Topu » de David Palazon et Enrique Alonzo, qui donne la parole aux femmes pêcheuses de Timor Leste ; elles pêchent en plongée pour améliorer les revenus de leur famille. Ce prix a été attribué en mémoire de la secrétaire d’ICSF, disparue en mars 2014 dans l’avion de la Malaysian Airline.

Yvette Diei Ouadi de la FAO rend hommage à  Chandrika Sharma, secrétaire du Collectif international d'appui à la pêche artisanale (ICSF), disparue en mars 2014 dans l’avion de la Malaysian Airline... La présence d'une délégation de la FAO au Festival Pêcheurs du Monde annonce le début d'un partenariat entre l'organisation internationale et Pêcheurs du Monde (Photo d'Alain Le Sann)

Le jury des professionnels (Cinéma et Pêche) a primé le long-métrage au Taïwanais Hung Chun-Hsiu pour « The Lost Sea ». Tourné sur l’île de Kinmen, toute proche de la Chine, il décrit le désastre engendré par la construction d’un grand port inutilisé, sous le regard de pêcheurs côtiers pittoresques qui prennent plaisir à cuisiner les limules, abondantes sur les plages, avant la construction du port. Un film attachant plein d’humour pour décrire une réalité sinistre. Le prix du court-métrage a été donné à un film bouleversant de la jeune réalisatrice bretonne, Frédérique Odye, « Les veilleuses de chagrin ». Plusieurs veuves de marins pêcheurs évoquent la mémoire de leur mari disparu en mer et leur difficulté à faire leur deuil. Un bel hommage à ces femmes discrètes qui ont gardé la mémoire de leur mari au cœur de leurs pensées. Ce fut aussi l’occasion de rappeler le scandale du naufrage du « Bugaled Breizh », coulé par un sous-marin, mais sans que les responsabilités soient reconnues. Un court-métrage de fiction de la jeune marocaine Asmae El Moudir « Les couleurs du silence », évoquant la disparition d’un pêcheur en hommage à son grand père disparu, a aussi profondément ému le public.

Des jeunes sensibles à la marginalité

Le jury des jeunes étudiants et lycéens a pour sa part fait preuve d’originalité en choisissant deux films sur des sujets étonnants qui mettent en scène des marginaux essayant d’échapper à la misère en pratiquant des pêches et des activités illégales. Le long-métrage primé est « Les Hustlers », du Béninois Egone Amah. Ces débrouillards, comme ils se désignent eux-mêmes, survivent dans un bidonville près du port de Lomé. Ils font du trafic d’essence et pratiquent la pêche quand ils ont réussi à émerger de la drogue et de l’alcool. Ils sont attachants malgré tout, ils rêvent d’une vie meilleure impossible, d’un travail régulier et s’appuient sur leur famille et leur solidarité entre copains. C’est une plongée rare dans un monde peu accessible.

Les jeunes ont également été touchés par le court-métrage de Robin Dimet « Sounds of the Soul » sur les marginaux qui survivent le long du transsibérien en vendant du poisson ou en pêchant illégalement sur le lac Baïkal, dans un froid glacial, par moins 30 degrés. Tous ces films mettent en scène des invisibles du monde de la pêche qui essaient de survivre dans des conditions difficiles, parfois extrêmes, oubliés de tous. Ces documentaires illustrent bien l’esprit du festival, centré sur les hommes et les femmes dans la pêche, souvent incompris et méconnus.


L’impact du changement climatique