vendredi 26 octobre 2012

Poissons de Fukushima radioactifs... Pour longtemps....

Poissons de Fukushima radioactifs... Communautés de pêcheurs sinistrées pour des décennies....

Depuis la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, Regard sur la pêche et l'aquaculture (RPA) a régulièrement suivi l'évolution de la contamination radioactive des poissons sur la côte nord-est du Japon.

Le 20 juillet 2012, nous faisions le point sur cette pollution des produits aquatiques toujours contaminés aux césium 134 et 137, à un moment où les autorités japonaises commençaient à banaliser la radioactivité dans la vie quotidienne (illustration ci-contre tirée d'un document  du ministère japonais de l'alimentation) : Peut-on rire des radionucléides, après Hiroshima, Nagasaki et Fukushima ?

En effet, les données sur la radioactivité des poissons, crustacés, coquillages et algues, mises en ligne depuis 17 mois par le Ministère de l'Agriculture et de la Pêche (MAFF) montraient que la situation ne revenait pas à la normale... Au contraire...

Une étude étatsunienne de l'Institut océanographique de Woods Hole (Massachussetts) publiée le 26 octobre 2012 dans la revue Science le confirme.... 

La contamination au césium toujours élevée pour les poissons

Le niveau de contamination radioactive demeure élevé chez les poissons au large de Fukushima, au Japon, plus d'un an et demi après l'accident de la centrale nucléaire, d'après un article publié dans la revue Science datée du 26 octobre.

Plus de 80% de la radioactivité émise par la centrale accidentée de Fukushima s'est retrouvée dans l'océan Pacifique, soit directement par écoulement des eaux contaminées soit indirectement en retombant au large, rappelle Ken Buesseler, auteur de l'étude et chimiste à l'Institut océanographique de Woods Hole (Massachussetts).

Une contamination inédite d'autant plus dramatique que le Japon est le plus gros consommateur de produits de la mer par habitant.

Pour la majorité des poissons pêchés près des côtes nord-est du Japon, la contamination est en-dessous des seuils acceptables pour la consommation humaine, même après abaissement de ces seuils par les autorités de 500 à 100 Becquerels par kilogramme (Bq/kg). Cependant, au large de la préfecture de Fukushima, où la pêche est encore interdite, près de la moitié des poissons dépassent les 100 Bq/kg.

La zone la plus impactée par les rejets radioactifs de la centrale de Fukushima s’étend tout de même sur près de 200 km de façade maritime, depuis la préfecture de Miyagi au Nord, jusqu’à celle d’Ibaraki au Sud...

C’est dans le port de pêche d’Ibaraki-Ibaraki à la limite de la préfecture de Fukushima, où les premiers poissons radioactifs, des lançons, ont été identifiés, une quinzaine de jours après la catastrophe du 11 mars 2011.

Face à la gravité d'une situation aussi inattendue, le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche allait fixer dans la grande précipitation une norme standard de radioactivité qui n'existait pas pour les produits de la pêche, un seuil de 500 Becquerels par kilogramme (Bq/kg) sur la base des légumes !.. Puis, les autorités japonaises mettait rapidement en place un dispositif de contrôle des produits aquatiques tout le long de la côte du Nord-Est du Japon, jusqu’à Hokkaïdo, ainsi qu'à l’intérieur des terres dans les étangs piscicoles.

Près de 9.000 échantillons de poissons, de crustacés, de coquillages et d'algues ont ainsi été analysés depuis mars 2011. Les résultats consultables sur le site du Ministère japonais de la Pêche, ont servi de base à l’étude de Ken Buesseler.

La radioactivité des poissons ne diminue pas

Ken Buesseler estime, sur la base de ces données, qu'environ 40% des poissons pêchés dans les environs de Fukushima ne sont pas consommables selon les normes établies par les autorités nippones.

Le scientifique souligne en outre que les niveaux de contamination par le césium-134 et le césium-137 dans presque toutes les espèces de poissons et crustacés ne diminuent pas - ce qui suggère que les sédiments contaminés sur le fond marin pourraient fournir une source continue.

Mais ces niveaux de radioactivité varient selon les espèces, ce qui complique la réglementation par les pouvoirs publics. Les poissons de fonds sont les plus touchés : cabillaud, colin d’Alaska, plie, congre, sébaste...

Pour Ken Buesseler, qui avait conduit en juin 2011 une mission internationale de recherche sur un navire afin d'étudier la dispersion des radionucléides provenant de Fukushima, il faudra faire plus qu'étudier les poissons pour prédire comment évolueront ces différents niveaux de contamination.

« Une meilleure connaissance des sources et des puits de césium est nécessaire pour prévoir les tendances à long terme de la contamination des produits de la mer, » estime le chercheur.

« Nous avons surtout besoin de mieux comprendre les sources de césium et d'autres radionucléides qui continuent à maintenir ces niveaux de radioactivité dans l'océan au large de Fukushima, » insiste-t-il.

Pour aider à atteindre cet objectif, le scientifique et son collègue Mitsuo Uematsu, de l'Université de Tokyo, organisent un symposium dans la capitale nippone les 12 et 13 novembre. Le but est de présenter les dernières estimations disponibles sur les émissions de radioactivité de la centrale Daiichi, ainsi que leur impact sur l'océan, la vie marine, les poissons et fruits de mer.

Philippe Favrelière (texte modifié le 28 octobre 2012)

Pour rappel : Le tsunami du 11 mars 2011 a coûté plus de 11,5 milliards d'euros au secteur de la pêche et de l'aquaculture selon les estimations du Ministère de l'Agriculture et de la Pêche. Il faudrait y ajouter le coût des rejets radioactifs dans l'océan Pacifique ainsi que dans les étangs et les rivières... en liaison avec les interdictions de pêche....

Pour accéder au site Web de l'auteur de l'étude :  Fishing for Answers off Fukushima
Japan fisheries data provides a look at how the ocean is faring 18 months after the worst accidental release of radiation to the ocean in history
 

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    Le 20 janvier 2013

    La rascasse de Tepco habite les fonds marins

    Source : Gen4

    Photos : Rascasse super contaminé du nom vernaculaire murasoi (Sebastes pachycephalus) haut : Tepco et bas : Le Monde 

    Vous n’avez pas pu échapper à cette dépêche AFP qui reportait – une fois n’est pas coutume – vendredi 18 que Tepco avait péché “récemment” une rascasse radioactive fourrée de 254 KBq / kg de Césium radioactif.

    Ce poisson, un murasoi, appartient à la famille des sébastes et présente, tout comme nos rascasses méditerranéennes, la particularité d’habiter les zones rocheuses des fonds marins ; l’habitat spécifique du murasoi se situe plus précisément au niveau des fonds côtiers, donc de faible profondeur.

    Que représentent exactement 255 KBq / kg de radiocésium ?

    Ladite dépêche, fort concise, nous apprend que cette activité spécifique représente 2500 fois le seuil fixé par le gouvernement Japonais le 1er avril 2012 sans nous renseigner vraiment sur la dangerosité de consommer une telle prise.

    En avalant l’équivalent de 1 kilogramme de ce poisson la dose engagée équivalente s’élèverait à environ 4 mSv ; un pécheur dévorant régulièrement de tels mets en fricassée présenterait ainsi au bout d’un mois de consommation une dose engagée (donc à vie) estimée à 20 mSv, ce qui est loin d’être une affaire négligeable.

    Il est enfin nécessaire de savoir qu’il est très difficile de se “désintoxiquer” d’une contamination radioactive prolongée, surtout si elle est cachée et prolongée, et que les chiffres repris ci-dessus (les facteurs de doses) semblent représenter, pour certains, un moyen pratique de camoufler une partie des doses réellement engagées par les organismes soumis à une contamination radioactive.

    Le poisson a l’air OK ?

    En ne tenant pas compte de son aspect patibulaire habituel, ladite bestiole semble apparemment en bonne santé si on compare son allure générale par exemple avec les malheureux rats médiatisés récemment par le Professeur Séralini. En fait, il est nécessaire de savoir que les organismes simplifiés des poissons, sans réel système de protection immunitaire, ne développent généralement pas de grosseurs pouvant représenter l’indice évident d’un problème de croissance désordonnée de cellules anormales (cancer).

    En comparant un peu les photos de Tepco (en haut) et d’un murasoi sain (en bas), il est possible de noter que la zone des ouïes semble très décolorée et que la nageoire caudale semble divisée chez le spécimen péché par Tepco, indice d’un possible problème de dégradation de l’état de santé de l’animal.

    La parade à la diffusion biologique de la radioactivité : Des filets installés

    Pour éviter que les poissons hautement contaminés ne partent trop loin au risque d'être consommés par d'autres espèces ou pêchés, Tepco va installer de nouveaux filets alentour. Plusieurs restrictions ont frappé ou concernent encore des aliments de la préfecture de Fukushima et de province voisines, le gouvernement ayant durci l'an passé les normes légales.

    Le 21 août 2012, Tepco avait annoncé que des rascasses pêchées dans l'océan Pacifique à l'intérieur de la zone circulaire des 20 kilomètres autour de la centrale, fermée à toute activité humaine, présentaient un niveau de 25 800 becquerels de césium par kilogramme. Ce chiffre – 258 fois supérieur au seuil fixé par le gouvernement – était alors le plus élevé enregistré depuis le 11 mars 2011. Des niveaux comparables ont été relevés sur des lottes. (Dans Le Monde : Radioactivité record sur un poisson pêché près de Fukushima)
     
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    Le 7 mars 2013

    Les pêcheurs après Fukushima

    Comment vivre avec une pollution invisible, impalpable ? Deux ans après la catastrophe, Arte a posé l'œil de sa caméra sur les habitants de Fukushima, résistants ou abattus. Et signe l'un des deux documentaires d’une soirée spéciale : « Le monde après Fukushima, documentaire de Kenichi Watanabe - mardi 5 mars à 22h25 sur Arte. »

    Entre les témoignages des victimes, résistantes ou abattues, et les interventions des différents experts (sociologue, médecins…), ce documentaire souligne les failles multiples dans la gestion japonaise du nucléaire, des informations cachées aux risques minimisés. Il nous fait comprendre que nous sommes entrés dans une ère nouvelle. L’ère de la radioactivité. Et qu’il ne sera jamais possible de revenir en arrière.

    Pour les pêcheurs, la catastrophe a entraîné la plus forte pollution maritime jamais observée. La contamination remonte des sédiments du plancton jusqu’à la chair du poisson via la chaîne alimentaire. A l’arrivée à quai, les marins mesurent toutes leurs caisses et une grande partie des poissons (ceux qui affichent plus de 80 becquerels) sont rejetés. Tepco indemnise les pêcheurs en fonction du poids de la prise remise à la mer.

    Les agriculteurs, quant à eux, ne peuvent pas vendre leur production en dehors de la région. « Je hais, je déteste le nucléaire, vraiment, vraiment. Je n’arrête pas de penser que l’on a inventé quelque chose d’effroyable. C’est un vrai désastre fabriqué par l’homme. Il a fabriqué un monstre pareil en prétextant une sécurité absolue », lâche en sanglotant Mikiko Sato, agricultrice, qui en coupant quelques jonquilles dans son jardin pour s’en faire un bouquet a absorbé (en proportion du temps passé) autant que la dose admise pour un travailleur du nucléaire. D’après Terra Eco : Fukushima : la vie, deux ans après

    Entretien avec Kenichi Watanabe, réalisateur du documentaire “Le Monde après Fukushima”, diffusé le mardi 5 mars 2013 sur Arte. D’après Télérama : “Dire qu’il n’y a pas de morts à Fukushima est un mensonge”, Kenichi Watanabe, documentariste

    Vous avez passé beaucoup de temps dans la région de Fukushima ?

    J'y suis allé trois fois. La première en repérage, deux semaines à l'hiver 2012, où j'ai fait le voyage seul, dans une voiture de location. Ça m'a permis de découvrir toute la côte, de rencontrer des associations de pêcheurs, les gens des collectivités locales, des personnes comme Madame Sato. Toute la côte est ravagée, les gens sont évacués et vivent dans des maisons provisoires. Ça fait bientôt deux ans, et la situation ne change pas, parce tout est bloqué par les déchets radioactifs, dont on ne sait pas comment se débarrasser.

    J'y suis retourné en avril et en juillet 2012 avec un chef opérateur et un preneur de son. Oui, on a travaillé en zone contaminée. Je ne peux pas dire que je m'en fiche, mais avec mon âge, et puis, face aux gens de Fukushima, on peut pas porter le dosimètre comme ça ! Eux sont là en permanence, comment puis-je m'inquiéter de ma santé ?

    Ce plan sur les cerisiers en fleur est magnifique, et il y a beaucoup d'autres plans dans votre film qui s'attardent longuement sur la nature, sur la beauté de la région de Fukushima…

    La destruction nucléaire, c'est d'abord la destruction de la nature et de l'alimentation, qui sont à la base de la culture. C'est cela, la vraie tragédie, et pour qu'on la ressente, l'image de la nature doit être magnifique. On a donc consacré beaucoup de temps à la lumière, à la façon dont on filmait ces séquences-là, justement parce que sous la surface magnifique, tout est détruit…

    Quand je montre les pêcheurs peser leurs poissons contaminés par les radiations pour se faire indemniser par Tepco, puis les rejeter à la mer, j'espère que l'on ressentira tout ce qu'il y a de cruel là-dedans. C'est aussi pour cela que j'ai voulu réduire les explications narratives, et laisser au spectateur le temps de la réflexion. Sur ce point, le commentaire écrit par l'écrivain Michaël Ferrier compte beaucoup.

    Lui-même était sur place pendant la catastrophe, il est parti aider les gens, lui aussi a partagé ce moment noir des 14-15 mars où nous nous sommes perdus, où nous ne savions plus ce qu'était l'Etat. On a décidé très tôt de lui demander d'écrire le commentaire, et il lui apporte beaucoup, il amène une sorte de « politique poétique ». La politique, c'est très important, mais la dimension poétique, c'est ce qui manque dans le mouvement anti-nucléaire. Il faut élargir le front. Les philosophes doivent parler, les écrivains aussi, les musiciens et les peintres doivent créer, autour de cette même interrogation sur la civilisation.

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