jeudi 29 septembre 2011

Chili : Les indignés de la génération « saumon »

Chili : Les indignés de la génération « saumon »

Ces jeunes étudiants en colère dans les rues de Santiago du Chili, ces Indignados chiliens, n’ont pas connu le socialisme de Salvador Allende ni la dictature d’Augusto Pinochet. Ils sont de la génération « saumon » qui a débuté à la fin des années 1980 avec l’ouverture de l'économie du Chili aux investissements étrangers. Les résultats économiques du pays se sont améliorés sans pour autant combler les inégalités sociales creusées pendant la junte militaire (1). Des inégalités sociales considérées parmi les pires d'Amérique du sud.

Les indignés chiliens veulent en finir avec cette économie libérale qui dépouille leur pays de ses ressources naturelles, diversifiées et abondantes notamment du côté mer. Cette économie "livrée" aux capitaux étrangers ne leur apporte rien de bon en matière d’éducation, de santé et de bien-être…

Ces jeunes chiliens sont de la génération « saumon ». En moins de 30 ans, le saumon est devenu la troisième source de devises du pays après le cuivre et les produits forestiers. Plus de 2 milliards $ d’exportation en 2008 pour une production nationale de salmonidés qui est passée de quelques dizaines de tonnes en 1980 à près de 700.000 tonnes en 2008.

Nés en plein boom de la salmoniculture, ces étudiants chiliens ne voient pas dans le saumon une réussite, un repas festif ou la vigueur d’un poisson plongeant dans les eaux limpides d’un fjord. Ce saumon exotique importé de l’hémisphère nord signifie pour eux : accaparement de la mer par des multinationales, pollution de l’environnement marin, droits des travailleurs bafoués,…


Bastamag : Qui sont ces dizaines de milliers de manifestants ?

Nous observons des pancartes contre les Centrales hydroélectriques et thermoélectriques à charbon, contre les exploitations minières, contre la salmoniculture, contre la privatisation des semences et l’introduction des OGM, etc. Ceci répond plutôt à un ras-le-bol généralisé du modèle de développement imposé depuis la dictature de Pinochet et ratifié par les gouvernements civils qui lui ont succédé. Un modèle basé sur l’extraction et l’exploitation des ressources naturelles, pour le seul profit de quelques-uns. On nous dit : « il faut générer de l’énergie pour atteindre un certain niveau de croissance, pour devenir un pays développé ».

Rivages privatisés

Qu’est-ce que ce modèle de développement a provoqué ? Nous trouvons par exemple qu’aussi bien à Aysén, à San Antonio qu’à Iquique, les pêcheurs artisanaux et leurs familles sont appauvris et connaissent des problèmes psycho-bio-sociaux, à cause de l’essor de la pêche industrielle qui — avec les bateaux-usines — s’emparent de toutes les ressources de la mer, détruisant en même temps les fonds marins.

Des « laissés pour compte » qui n’ont pas de sécurité sociale, souvent pas d’hôpital à proximité, des écoles sans ressources et des jeunes attrapés par la drogue et la délinquance. À San Antonio, le chômage s’élève à 14,2% depuis que le port a été donné par l’État à l’Entreprise portuaire de San Antonio, privatisant tout le bord côtier de la commune…. Au Sud du pays, d’autres « oubliés du Chili centralisé » ont été dupés par l’industrie du saumon. Avec des capitaux norvégiens, espagnols, hollandais et chiliens, cette industrie a dévasté les écosystèmes marins, polluant de vastes superficies et faisant faillite définitivement en 2008….

Oligarchie politique et financière : Basta !

Les intérêts des uns et des autres convergent : les autorités sont bénéficiaires des « aides » des entreprises. La Concertation (coalition des partis au pouvoir de 1990 à 2010) a, par exemple fait toutes ses campagnes grâce au soutien du groupe Luksic. En contrepartie, sous les mandats de la Concertation, les principales fortunes chiliennes ont augmenté. En 2003, Luksic a gagné 3000 millions de pesos chiliens par jour (6 millions de dollars) dans le secteur minier et de la banque, Matte 2800 millions de pesos par jour (5,9 millions de dollars) dans le secteur forestier, et Angelini 2200 millions de pesos par jour (environ 4,6 millions de dollars) dans l’industrie de la pêche et forestière. En 2007, à la mort d’Anacleto Angelini, sa fortune personnelle atteignait 6 milliards de dollars, la plus grande fortune du Chili. En 2011, Luksic a acheté la chaîne de télévision commerciale « canal 13 » qui appartenait à l’Église Catholique, ce qui transforme le groupe en une holding parmi les plus grands et les plus puissants. Le rôle des médias est connu dans la manipulation de l’information et la domination de la population. Ce n’est pas pour rien que Piñera était propriétaire d’une chaîne commerciale avant d’être président… Avec sa façon de faire de la politique, sans détours et sans scrupules, il a poussé aujourd’hui une grande partie de la population chilienne à dire : Basta !

Pour beaucoup, c’est la destruction de la Patagonie qui les motive à sortir dans la rue, car il s’agit d’une réserve naturelle d’eau douce pour la planète. Mais HidroAysén n’est pas seulement la construction de cinq barrages, ce projet dépend aussi de l’approbation d’un deuxième projet pour transporter l’énergie produite, ce qui signifie la construction d’une ligne de transmission avec des tours de haute tension qui traverseraient 9 régions du pays. Alors les Chiliens se demandent : a-t-on besoin de toute cette énergie ? Et la réponse est simple : non, on ne veut plus offrir les biens communs de tous les Chiliens aux riches du monde, ni que la population assume les coûts de ce qu’ils appellent « le progrès ». Il faut investir dans des énergies renouvelables, mais il faut surtout changer ce modèle dévastateur. 


Autres articles :

(1) A partir de l’année 1973, la politique économique ultra-libérale des Chicago boys est mise en pratique pour la première fois dans le monde au Chili. Coup d’Etat du 11 septembre 1973. Fin de la première démocratie socialiste avec la mort de Salvador Allende. Arrivée du dictateur Augusto Pinochet. Entourée d’économistes formés à l’Université de Chicago et influencés par Milton Friedman et Arnold Harberger, la junte militaire impose leur doctrine économique grâce à la terreur exercée par le régime.

Cette situation a permis de mettre en place d'importantes réformes économiques structurelles néolibérales qui débouchèrent selon certains sur le miracle chilien. Un mythe pour d’autres puis que pendant près de 15 ans, les coupes drastiques dans les budgets sociaux et le programme de privatisations massives provoquent une hausse importante des inégalités. Si les classes aisées ont ainsi bénéficié de l'expansion économique, ce fut moins le cas des classes populaires. Ainsi, entre 1974 et 1989, les revenus des 10 % des ménages chiliens les plus riches ont augmenté 28 fois plus vite que les 10 % des ménages chiliens les plus pauvres. (Wikipedia)

A la fin de la dictature en 1990, tout le monde espérait avec le retour de la démocratie, de meilleures conditions de vie. Cependant, les gouvernements successifs du pays (Patricia Aylwin, Eduardo Frei, Ricardo Lagos, Michelle Bachelet et Sebastián Piñera) ont ouvert l'économie du Chili aux investissements étrangers, en multipliant les accords du système de libre échange avec les États-Unis, l'Union européenne, la Chine et le Japon. L'ensemble des résultats économiques se sont améliorés sans combler les inégalités sociales considérées parmi les pires d'Amérique du sud. Le plus grave est le dépouillement des ressources naturelles dont le pays bénéficie avantageusement, notamment du côté de la mer.

Photographie prise en décembre 1989 dans les rues de Santiago du Chili au moment de l'élection du premier président de l'après Pinochet, Patricio Aylwin (Philippe Favrelière)

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Revue de presse

Le 15 octobre 2011


De Madrid à Athènes, en passant par New York, Bruxelles et Paris : toutes les capitales occidentales ont vu naître ces derniers mois des mouvements de protestation de populations qui expriment leur crainte d’un "no future". Née le 15 mai à la Puerta del Sol de Madrid, la mobilisation a rapidement trouvé écho en Grèce en juin, sur la Place Syntagma avec le Mouvement des 700 (baptisé ainsi en référence au salaire mensuel minimum). Il s’est ensuite répandu, tout au long de l’été et de façon sporadique, dans plusieurs capitales du monde. Dernière en date : Occupy Wall Street, le campement installé le 17 septembre dans le Zuccotti Park, rebaptisé "Liberty Plaza", près de la Bourse à New York.

Cinq mois après la naissance du mouvement, les indignés ont manifesté, ce samedi, dans le monde entier. Avec pour mot d’ordre "United for Globalchange" (Ensemble pour un changement global), ils espèrent donner une portée internationale à cette forme de contestation inédite. "Pour nous, le moment est venu de nous unir, pour eux, le moment est venu de nous écouter. Peuples du monde entier, levez-vous !" proclame ainsi le site United for Global Change. "Nous ne sommes pas des marchandises entre les mains des politiciens et des banquiers qui ne nous représentent pas. Nous allons manifester pacifiquement, débattre et nous organiser jusqu’à obtenir le changement mondial que nous voulons". Selon le site 15october.net, qui recense tous les rassemblements prévus, 951 villes de 82 pays sont concernées. Ci-dessous, découvrez le clip vidéo réalisé par le site 15october.net à l’occasion de cette journée de mobilisation :

Un samedi de manifestations

A Melbourne, en Australie, où était donné le coup d’envoi de cette journée de mobilisation mondiale, un millier de personnes se sont réunies sur une place du centre-ville. "Les gens veulent une démocratie véritable, ils ne veulent pas que les grandes entreprises influencent leurs représentants politiques. Ils veulent que ces derniers soient comptables de leurs actes. Ils veulent être bien représentés", a dit Nick Carson, porte-parole de OccupyMelbourne.org :

Au pays de Stéphane Hessel, auteur d’Indignez-vous (3,5 millions d’exemplaires), qui a donné son nom au mouvement à travers le monde, la mobilisation est restée jusqu’ici limitée et les cortèges restaient peu fournis samedi. Les indignés étaient environ 500 à Grenoble, selon les organisateurs, mais ils n’étaient qu’une centaine à Marseille où ils se sont regroupés sur la place du général De Gaulle, à proximité de la chambre de commerce. A Nantes, une centaine de personnes se sont rassemblées sur la place Royale, une zone piétonne du centre-ville sur laquelle quatre banques ont installé des succursales. "Je suis ici pour pointer les incohérences du système", explique Géraldine, une salariée du secteur socio-culturel, qui a revêtu la robe blanche et le bonnet phrygien rouge de Marianne, figure de la République française. "On nous demande d’aller voter pour des choses qui sont déjà décidées. Or, la République, c’est nous, pas le type qui a fait l’ENA !", ajoute-t-elle. Les indignés peinent toutefois à attirer les foules en France. Des chercheurs expliquent ce phénomène par le fait que le chômage des jeunes est moins massif qu’en Espagne, par exemple, et que le mouvement syndical canalise déjà les revendications pour en savoir plus lire l’article de LIBÉRATION en cliquant ici. (Les indignés français ont créé une communauté sur Facebook, pour y accéder cliquez ici). Suite cdurable.info


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17 avril 2012

La production de saumon d'élevage est repartie dans le monde...

Le Chili a surmonté la maladie de l'anémie infectieuse du saumon (ISA) en diminuant les densités d'élevage et en déplaçant les cages plus au sud du pays, dans les fjords de la Patagonie chilienne... En 2012, le Chili mise sur une production de près de 600.000 tonnes de salmonidés (saumon atlantique, saumon coho et truite arc-en-ciel). D'après un dossier sur les produits de la mer en Amérique du Sud de la revue Produits de la Mer, cliquer PdM n°132 d'avril-mai 2012....


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Chili : Progrès vers les OMD et demande sociale non satisfaite

Source : Social Watch

 30 janvier 2013

Chili reste le pays latino-américain avec la meilleure performance en termes de réalisation des buts des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), selon le Réseau Gouvernemental Millénaire. Malgré ce niveau de réalisation, dont le rapport estime à environ un tiers de celui fixé comme objectif pour 2015, l'agitation sociale profonde manifestée massivement dans les rues par la société chilienne dans les deux dernières années par rapport à l'état l'éducation et de la santé publiques, la déprédation de l'environnement par les grandes entreprises et, surtout, l'approfondissement évident du fossé des inégalités, soulèvent des questions sur ce que cela signifie dans la pratique.

À notre avis, l'échec des politiques et des programmes gouvernementaux pour s'attaquer aux problèmes de fond qui empêchent d'atteindre une société plus juste relativise les réussites dans la réalisation des objectifs des OMD et il fait qu'elles semblent encore insuffisantes.

Le manque d'accès égalitaire à l'éducation publique gratuite et de qualité, à un système de santé public qui assure des soins en temps à toutes les personnes, des emplois et des salaires décents, le manque de participation effective des citoyens aux processus d'évaluation des projets environnementaux font tous partie d'un modèle de développement qui n'est pas centré sur les personnes et leurs droits, mais sur la croissance économique et l'exploitation des ressources naturelles.

Cela se produit dans un contexte mondial où le principal défi pour l'avenir consiste justement à faire des progrès substantiels de la réalisation des objectifs des OMD vers l'éradication de la pauvreté et au-delà, dans le sens d'un développement socialement juste et écologique et économiquement durable.

En proposant un cadre de développement différent, la société civile a un allié dans la campagne mondiale "Beyond 2015" (« Au-delà de 2015 »), notant que « ce n'est pas possible d'assurer que les OMD seront atteints pleinement et il est estimé que, malgré le développement atteint dans certains secteurs, en 2015, une personne sur cinq vivra encore avec des revenus inférieurs à 1,25 dollar par jour ».

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Le 6 Décembre 2014

Le Panda et le saumon : la face sombre du WWF

Wilfried Huismann, Pandaleaks : The Dark Side of the WWF, éd Nordbook, Bremen, 2014, 260p

En 2012, le journaliste allemand Wilfried Huismann a publié son enquête sur le WWF en Allemagne et elle a eu un grand retentissement. Il nous donne maintenant une version en anglais, complétée et revue. Il a rencontré des dirigeants du WWF, quand ils ont accepté de le recevoir et de répondre à ses questions, et il a aussi reçu de nombreux témoignages d’anciens membres de l’organisation -ou actuels- sur le malaise que suscitent en son sein les liens étroits qu’entretient le WWF avec les grandes multinationales, y compris celles qui sont considérées comme les plus grands pollueurs et destructeurs de l’environnement. Il ne met pas en cause la sincérité des salariés de l’ONGE, et il reconnaît que le travail de terrain peut être respectable,  il constate simplement que les plus hautes instances du WWF négocient avec de grandes sociétés multinationales et les contestent de moins en moins, au point de couvrir et même de favoriser l’expansion de pratiques inacceptables. Il analyse ainsi les rapports avec Coca Cola, les liens avec les défenseurs de l’apartheid, avec Monsanto et les grands producteurs d’huile de palme et de soja. Il confronte les intentions affichées par le WWF avec les réalités sur le terrain. Or, toutes les enquêtes de terrain menées par W Huismann montrent que les entreprises liées au WWF ne respectent pas leurs engagements, pourtant bien limités. Malgré ces constats alarmants, le WWF continue d’assurer qu’il contribue à l’amélioration des pratiques de ces grandes sociétés, en Afrique, au Mexique, au Brésil, en Argentine, en Inde et en Indonésie. L’enquête montre qu’elles poursuivent la déforestation, la destruction des sols, des ressources en eau. Elles sacrifient des communautés indigènes et paysannes et le WWF soutient cette politique, malgré ses engagements en faveur des droits des indigènes . Loin de contribuer à la protection de la nature et des populations qui en vivent, selon W Huismann, le WWF couvre les turpitudes et les pratiques scandaleuses des sociétés qui le financent. Pire, il permet ainsi à ces multinationales d’étendre leurs activités destructrices, comme en Indonésie, au Chili ou en Argentine.

Le WWF et le roi du saumon

L’entreprise norvégienne Marine Harvest réalise près du quart (plus de 400 000t en 2014) de la production mondiale de saumon d’élevage. L’ensemble des entreprises norvégiennes contrôle 90% de cette production et John Fredriksen, propriétaire de Marine Harvest, est considéré comme le roi du saumon. Son entreprise produit du saumon en Norvège, en Ecosse, au Chili et elle le transforme dans plusieurs pays d’Europe et d’Asie. Avec 10 000 employés dans 23 pays, elle est le leader de la « révolution bleue ». En 2008, le WWF a signé un accord de partenariat avec Marine Harvest pour promouvoir l’aquaculture durable suivant les canons de la certification ASC (Aquaculture Stewardship Council), conçue sous l’égide du WWF et lancée officiellement en 2009.

Carte extraite de l'article de Global magazine : L'or rose en chute libre

Cette même année, le Chili a connu un désastre dans ses fermes aquacoles, le virus ISA (Anémie Infectieuse du Saumon), apparu en 2007, a touché une grande partie des élevages, entraînant la mort de millions de saumons, du nord au sud du pays. Cette crise jette une lumière crue sur les pratiques des entreprises aquacoles du Chili. Marine Harvest, en Norvège, subit des contrôles et chaque année, les concessions peuvent être retirées ; l’usage des antibiotiques est réduit et souvent absent, la densité des élevages est nettement plus faible qu’au Chili. Il en résulte que l’épidémie a été maîtrisée en Norvège alors qu’elle ne le fut pas du tout au Chili . L’ISA n’est pas la seule maladie, sur 478 élevages, 420 sont infestés de poux et les saumons sont touchés par une vingtaine de maladies. L’usage des antibiotiques est hors contrôle, 800 fois plus élevé qu’en Norvège et même 36 000 fois, selon un biologiste chilien . L’environnement marin est sacrifié, les fonds marins sous les cages sont en état d’anoxie (sans oxygène), les saumons échappés des cages ont modifié les espèces locales et la biodiversité. Les ressources qui faisaient vivre les pêcheurs sont détruites et n’offrent plus d’alternative aux employés des élevages et des ateliers de transformation qui se retrouvent sans emploi et sans revenu. La pêche chilienne se trouve sous la dépendance des industriels du saumon à qui les pêcheurs fournissent les poissons pour la farine et l’aliment : « Nous ne sommes que des esclaves des multinationales, il ne reste plus de pêcheurs indépendants au Chili » déclare un patron pêcheur à Wilfried Huismann. Le gouvernement a favorisé une véritable mafia du saumon, sans contrôle. Les dirigeants de Marine Harvest reconnaissent leurs erreurs face à cette catastrophe, mais ils l’ont organisée, par appât du gain, et n’ont nullement respecté les règles imposées en Norvège. Malgré ces responsabilités évidentes, en 2011, le WWF a signé un accord de partenariat avec cette entreprise, au nom de progrès futurs. Le WWF vient de recevoir, en novembre 2014, d’importantes subventions de la part des grandes entreprises chiliennes pour accompagner le « verdissement » de l’aquaculture et sa labellisation ASC. Pour l’ONG Ecoceanaos, ce partenariat, c’est l’annonce d’une catastrophe et l’extension des zones d’élevage .  En l’absence de règles contraignantes fixées et contrôlées par l’Etat, les entreprises feront ce qu’elles voudront en cherchant, peut-être, à éviter la catastrophe dans leurs nouvelles implantations. Ce n’est pas le WWF qui les dénoncera si elles continuent de dégrader l’environnement, tant il est lié à leurs financements. Le WWF apporte plutôt une caution verte à des entreprises déconsidérées par leur comportement et leur mépris de l’environnement et des droits sociaux. Au sein même du WWF International, ces accords sont considérés comme honteux par certains responsables, en privé…



L’enquête ne concerne pas la pêche et le Marine Stewardship Council (MSC), premier label lancé en 1995 par le WWF et Unilever. Ce label certifie des pêcheries durables, mais ces pêcheries sont déjà suivies par les services scientifiques et le label ne vient que conforter des pêcheries déjà bien gérées. Certains parlent d’un racket, car il faut payer cher une certification qui est de plus en plus souvent exigée par la grande distribution. Walmart est un des grands soutiens à cette politique et Carrefour vient de s’y mettre en France. La fondation Walmart finance le WWF pour promouvoir ce label. Les organisations de pêcheurs artisans ont pris fortement position contre ce type de labellisation lors de la rencontre de Bangkok en 2008. Des chercheurs considèrent que cette certification renforce les logiques de privatisation : «La certification et l’éco-labellisation privatisent la gouvernance des pêches de plusieurs façons largement méconnues, par la création de nouvelles formes de droits exclusifs et de privilèges dans des situations de gestion commune déjà compliquées par des droits d’accès et de propriété, créant ainsi les conditions de confusions, de conflits mais aussi de coopération ».

Cette certification met les pêcheurs artisans entre les mains de la grande distribution qui contrôle leur accès au marché.

L’environnement et les affaires contre les droits humains.

« Au cas où je me réincarnerais, j’aimerais revivre sous la forme d’un virus mortel, afin de contribuer à résoudre le problème de la surpopulation » Voilà ce que déclarait le Prince Philip, Duc d’Edimbourg, dans une interview en 1988. Il était alors président du WWF, puisqu’il le fut de 1981 à 1996. Il était aussi l’un des fondateurs du WWF en 1961. Une telle déclaration n’est pas un épiphénomène pour le WWF, elle témoigne de l’existence en son sein d’un courant profondément réactionnaire qui se retrouve au plus haut niveau, ce qui explique les choix de l’organisation. Le WWF entretient des relations étroites avec les grandes sociétés multinationales dans de nombreux domaines : la pêche, l’aquaculture, l’huile de palme, le soja, les forêts, etc. Le WWF s’est fait une spécialité dans le développement de dialogues et de tables rondes avec les grandes entreprises, y compris les plus critiquées pour leur mépris de l’environnement. Ainsi le WWF n’hésite pas à collaborer avec Monsanto. Mais cet affairisme, revendiqué au nom d’une amélioration des pratiques de ces puissantes sociétés, va jusqu’à la collaboration avec des groupes et des hommes qui sont les piliers des régimes les plus réactionnaires et dictatoriaux. L’exemple le plus significatif analysé par W Huismann est celui de José Martinez de Hoz. Il a été membre fondateur de la Fondacion Vida Silvestre (FVSA), partenaire du WWF en Argentine. Il est membre influent du WWF international en tant que membre du club des 1001, un club fermé de 1001 membres où figure le gotha des multinationales et des têtes couronnées d’Europe qui financent le WWF. Mais il a été également membre du gouvernement de Videla, comme ministre de l’économie, et il a depuis été condamné pour crimes contre l’humanité. Il a participé à la promotion du soja en Argentine et au développement des OGM. L’autre grand partenaire du WWF a été Hector Laurence, président de FVSA de 1998 à 2008, et représentant de deux filiales de Dupont en Argentine, promoteur du soja OGM. La présence de tels personnages dans les instances dirigeantes du WWF n’est pas un accident. Elle est la manifestation des liens étroits établis par le WWF, depuis sa création en 1961, avec les milieux les plus réactionnaires partenaires des fondateurs. En Afrique du Sud, le WWF est né au sein des milieux défenseurs de l’apartheid. Le premier président du WWF a été le prince Bernhard des Pays-Bas, connu pour son passé nazi et ses liens avec les industriels de l’armement. Les accusations de corruption l’ont amené à quitter la présidence du WWF, il a été remplacé par le Prince Philip…

Malgré ces turpitudes, qui ne sont qu’un échantillon de toutes celles dévoilées par l’enquête de Wilfried Huismann, le WWF reste la meilleure marque environnementale pour réaliser du verdissement à bon compte, et il sait la vendre.

Alain Le Sann
Décembre 2014

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Chili

Le dernier jour de Bachelet. Privatiser le littoral de la mer australe ?

de Franck Gaudichaud, extrait de l'article de Forum des alternatives : Tremblement de terre politique et retour des Chicago boys au Chili

Et s’il fallait essayer d’expliquer pourquoi la Concertation est honnie de toute une partie du mouvement social et critiquée par de nombreux militants de gauche (y compris du Parti socialiste) ; s’il fallait tenter de montrer de quoi le social-libéralisme est-il le nom au Chili, on pourrait alors s’en tenir au denier jour de la présidence Bachelet. Ce 10 mars 2010, c’est avec l’approbation du dernier exécutif de la Concertation qu’est paraphée la réforme de la Loi générale de pêche et d’agriculture. L’objectif ? Tout simplement, venir en aide aux transnationales de saumon d’élevage qui ont inondé les côtes du sud du pays depuis des années et connaissent de graves difficultés. Crise sanitaire tout d’abord, conséquence d’un mode de production aberrant qui a dévasté une partie du littoral à coup de colorant, hormones, antibiotiques, surpêche (pour nourrir les saumons !). Crise économique ensuite. Alors que cette industrie était censée être un des moteurs de l’économie, elle a été engagée sur la voix d’une rentabilité à tout prix, basée sur une exportation de masse aux quatre coins de la planète (Japon, Etats-Unis, UE). Le développement exponentiel d’un virus (virus ISA) a affecté toute la chaîne, et c’est ce modèle d’élevage intensif entièrement dépendant du marché mondial s’est affaissé violemment |3|. Cette « agonie du saumon » a provoqué une chute de la production de plus de 30% entre 2007 et 2008 et le licenciement de milliers travailleurs (plus de 15.000) |4|.

Vues les conditions offertes, en 20 ans, les capitaux ont afflué de toute part, à commencer par la transnationale hollandaise Nutreco (plus grosse productrice mondiale) mais aussi des entreprises norvégiennes, japonaises, canadiennes et espagnoles. Le patronat chilien n’est pas en reste puisqu’il détient 55% de la filière. N’en déplaise aux écologistes et aux pécheurs artisanaux (dont la vie a été ruinée), le Chili est devenu le second producteur de la planète, avec plus de 650 000 tonnes de saumon en 2007 et, en valeur, cette denrée représente le 4° poste d’exportation nationale |5|. Rapidement c’est un véritable lobby du saumon qui a fait son apparition au sein des institutions et de la société civile. Ainsi, alors que le secteur affiche désormais une dette de deux milliards de dollars, la proposition du gouvernement Bachelet a été de garantir le déblocage d’un fonds public de 450 millions de dollars. Les banques restant méfiantes, le projet de loi prévoit aussi une modification des règles de production, un meilleur confinement des poissons, une rotation régulière dans les lieux d’élevage et… la concession de milliers d’hectares de mer et de terre ferme offerte comme garantie hypothécaire auprès des banques ! Comme le rappellent les responsables de la campagne « Sauvons la mer chilienne », « Jamais dans l’histoire aucun pays n’avait permis d’hypothéquer la mer. Ce n’est pas seulement un scandale, c’est aussi le renoncement de notre pays à la souveraineté sur son territoire » |6|. Au lieu de s’inscrire dans le sillage d’Allende qui avait exproprié les grandes compagnies de cuivre (“le salaire du Chili”), le gouvernement Bachelet se sera montré beaucoup moins glorieux aux yeux de l’histoire… |7|

|3| Voir le dossier « Industria salmonera en Chile » de l’OLCA (Observatorio Latinoamericano de Conflictos Ambientales), www.olca.cl/oca/chile/region11/salmoneras.htm.
|4| Darío Zambra B., « La agonía del salmón », La Nación Domingo, 15 mars 2009.
|5| Arnaldo Pérez Guerra, “Chile : Salmoneras, crecimiento a cualquier costo”, 28 août 2003, www.ecoportal.net/content/view/full/21441
|6| Cette loi pourrait d’ailleurs être déclarée inconstitutionnelle puisqu’un recours a été présenté par 34 députés et 12 sénateurs devant le tribunal constitutionnel.
|7| Certains journalistes et militants ont même eu le mauvais gout de faire le parallèle avec le Général Pinochet qui avait lui aussi la veille de son départ, fait passer subrepticement (et en dictature) une loi léonine favorisant les intérêts de l’éducation privée dans le système scolaire du pays.

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mercredi 28 septembre 2011

Fukushima. Un bon conseil : "Mangez le poisson de la Mer du Japon !"

Fukushima. Un bon conseil : "Mangez le poisson de la Mer du Japon !"

L'Institut français de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) conseille aux ressortissants français vivant au Japon de consommer des produits de la mer issus de la côte Ouest dans le Bulletin d’information n° 7 du 22 septembre 2011. En d'autres termes, manger du poisson issu de la Mer du Japon et éviter celui du Pacifique... (Traduction en français métropolitain, manger du poisson de Méditerranée, et éviter celui d'Atlantique !)

Pendant ce temps, les pêcheurs japonais avec les moyens du bord viennent de commencer la saison du Balaou (ou Sanma en japonais) sur la côte est du Japon.... C'est une espèce très populaire dans la gastronomie nippone... L'administration a conseillé de ne pas capturer cette espèce pélagique à l'intérieur d'un rayon de 100 km autour de la centrale de Fukushima Daïchi !...

Extrait du bulletin de l'IRSN

Les rejets radioactifs accidentels provenant de la centrale de Fukushima Dai-Ichi ont causé une pollution radiologique impactant une partie du territoire terrestre et maritime du Japon, principalement les préfectures de Fukushima, Tochigi, Ibaraki et Miyagi. Les informations et recommandations fournies dans ce bulletin ont pour objectif d’aider à limiter autant que possible les expositions à cette pollution environnementale persistante….

Dans le milieu marin, la pollution radioactive déposée sur le fond entraîne une contamination des espèces végétales et animales qui y sont exposées….

L’étude des données communiquées montre que, depuis le 1e août les dépassements des normes de commercialisation ou de consommation encore observés ont concerné entre autres :

  • certains poissons de mer (éperlan japonais – japanese smelt, raie, sébaste, limande…) ou de rivière (ayu* de la rivière Mano dans la Préfecture de Fukushima),
  • des algues et des oursins,…

Recommandations de bonnes pratiques alimentaires pour l’ensemble des résidents français au Japon

Même si aujourd’hui la plupart des contrôles menés sur les denrées alimentaires produites au Japon montre une nette diminution de la contamination des denrées végétales, l’IRSN estime nécessaire de maintenir une vigilance sur les denrées provenant des préfectures significativement touchées par les retombées radioactives de l’accident de Fukushima Dai-Ichi.

L’IRSN recommande ainsi :

« pour ce qui concerne les poissons de mer ou de rivière (en particulier le lançon japonais, l’éperlan japonais – japanese smelt, la raie, le sébaste, la limande – voir la liste complète ci-dessous) ou de rivière (ayu, saumons), ainsi que les algues et les fruits de mer, de s’assurer que les résultats des contrôles montrent qu’ils sont conformes à la réglementation japonaise en vigueur ou qu’ils proviennent de zones de pêches identifiées situées à l’ouest des côtes japonaises… »

Espèces marines ou de rivière pour lesquelles des dépassements des normes japonaises en vigueur ont été mesuré d’après l’Agence japonaise pour la pêche :

Japanese sandlance – lançon japonais

Whitebait - friture

Ayu sweetfish

Japanese smelt - éperlans japonais

Land-locked salmon - saumon

Mediterranean mussel - moule méditerranéenne

Wakame seaweed – algue Wakame

Hijiki seaweed – algue Hijiki

Arame seaweed – algue Arame

Japanese dace - vandoise

Northern sea urchin - oursins

Surf clam - clam

Fat greenling

Brown hakeling

Stone flounder - limande

Whitespotted char - omble

Japanese mitten crab - crabe

Rockfish - sébaste

Ocellate spot skate

Slime flounder - limande

Olive flounder - limande

Goldeye rockfish - sébaste

Willow gudgeon (d’élevage) – gougeon

Source : IRSN. Bulletin d’information n° 7 du 22 septembre 2011

Autres articles :

Pour aller plus loin...

Le 24 janvier 2012

« À ce rythme, la plupart des enfants de l’Est du Japon seront malades ou maladifs dans 10 ans. »

Cantine du Lycée franco-japonais de Tokyo : Aucun produit en provenance du nord de Tokyo !


Plus aucun produit de la grande région autour de Fukushima dans le menu de la cantine du lycée franco-japonais !!!

Un parent d’élève s'inquiète et interpelle les autorités japonaises

J’ai distribué plusieurs exemplaires d’articles de Bandajevsky et de Babenko puis j’ai expliqué les risques de la contamination alimentaire chronique pour les enfants, de la façon la plus factuelle et scientifique possible. J’ai montré que même pour l’IRCP, un seul becquerel de césium 137 ingéré chaque jour donnait 200 bq en permanence dans le corps au bout de 400 jours. Que ceci faisait déjà 10 bq par kg de masse corporelle pour un enfant de 20 kg : exactement le seuil à partir duquel les maladies commencent, chez les enfants en Biélorussie.

Je sentais bien que je dérangeais : les fonctionnaires demeuraient dans un silence de mort.

Surtout quand j’ai conclu : « À ce rythme, la plupart des enfants de l’Est du Japon seront malades ou maladifs dans 10 ans. »

Source : Netoyens.info : Aucun produit en provenance du nord de Tokyo dans les cantines !

mardi 27 septembre 2011

Parlement Européen : Les Régions françaises s'y bousculent !

Parlement Européen : Des Stocks aux Colloques chevauchants !!! (premier titre avant développement de l'argumentaire ci-dessous)

Gérer des stocks de poisson chevauchants (1) n’est pas facile. Participer à deux réunions dans le même créneau horaire relève de l’impossible. C’est pourtant la proposition de deux eurodéputés français qui ont organisé chacun de son côté une réunion sur la réforme de la PCP, le 12 octobre 2011 en fin d’après-midi au Parlement Européen à Bruxelles :

- 16h30 à 18h30 : « La réforme de la politique commune des pêches (PCP), les enjeux pour les Régions françaises » sous le parrainage d’Estelle Grelier, Eurodéputée de Fécamp, membre de la Commission Pêche du Parlement Européen,

- 17h30 à 19h : « L’Union européenne laisse-t-elle l’aquaculture aux autres ? » sous le parrainage d'Alain Cadec, Eurodéputé des Côtes d’Armor, vice président de la Commission Pêche du Parlement Européen.

Réforme de la PCP. Les enjeux pour les régions françaises

Depuis la révélation des grandes lignes de la future politique commune de la pêche par la commission européenne le 13 juillet 2011, plusieurs régions côtières françaises se sont senties attaquées. En première ligne, la Bretagne et la Basse-Normandie qui ont décidé de faire front aux propositions de Bruxelles : Pêche. Bretons et Normands rament ensemble contre Bruxelles (Manche Libre)

La réunion du 12 octobre 2011 organisée par l’Association des Régions de France (ARF) et la Région Bretagne sur les enjeux de la réforme pour les régions françaises peut être comprise comme un début de mobilisation de toutes les zones côtières françaises afin de sauvegarder les derniers pans de la pêche française après deux décennies de « casse forcenée », de relancer l’ostréiculture en grande difficulté et de poursuivre le développement de la mytiliculture…

Mais parmi les régions littorales françaises, la Région Nord-Pas-de-Calais a décidé de faire bande à part et de miser sur la pisciculture marine dans la continuité de son grand port de pêche à Boulogne...

Aquimer, la base de lancement de la pisciculture marine à la nordique !

Un axe important de la réforme de la PCP est le développement de l’aquaculture. Pas n’importe quelle aquaculture ! La pisciculture marine industrielle à l’image de la salmoniculture norvégienne…

La réunion du 12 octobre 2011 « L’Union européenne laisse-t-elle l’aquaculture aux autres ? » organisée par Aquimer, le nouveau pôle des produits aquatiques de la région Nord-Pas-de-Calais peut être comprise comme une adhésion au programme de développement aquacole européen en mettant sur orbite le projet « Nouvelles Vagues » qui avait été présenté en mai 2011 lors du colloque du Touquet-plage : Les rencontres de l’aquaculture 2011 (avec la présentation de la plateforme d’innovation piscicole « Nouvelles vagues »).

Aquimer, un second Cnexo ?….

Des investissements considérables dans la recherche et le développement aquacole à partir des années 1970 autour du pôle brestois Cnexo (l'ancestre d'ifremer)…

Résultats : La France a formé les chercheurs et les techniciens parmi les meilleurs au monde qui ont ensuite participé non pas au développement aquacole de la France mais du reste du monde avec l’émergence des grands pôles aquacoles internationaux : La crevette en Equateur, Colombie et Madagascar, le saumon au Chili, le bar et la daurade en Méditerranée. Des pays ou des régions du globe devenus leader dans l’aquaculture mondiale alors qu’au départ la France les dominait tous ou toutes avec sa conchyliculture et son élevage de truite (n°1 à l’époque).

La seule réussite significative de ces 30 dernières années est la perliculture en Polynésie française !

En se lançant dans la pisciculture industrielle, Aquimer ne répond pas aux préoccupations des professionnelles de la mer… Diversification des pêcheurs dans la mytiliculture, repeuplement en mer (saint-jacques, oursin, ormeau,…) qui sont d’autres voies aquacoles beaucoup plus prometteuses et surtout à la portée des entreprises halieutiques françaises.

De leurs côtés, les ostréiculteurs face au problème de mortalité des juvéniles d’huîtres, ont décidé de diversifier leurs activités aquacoles : algoculture, élevage de pétoncle, d’ormeaux,… des aquacultures à taille humaine que des pôles d’innovation comme Aquimer devront accompagner.

Le développement de grandes entreprises piscicoles en France est illusoire ! Il ne faut pas oublier que derrière la réussite piscicole norvégienne, il y a la manne pétrolière et les pêcheries minotières !

Philippe Favrelière

(1) Stock chevauchant : Stock dont le cycle biologique se déroule dans un secteur géographique couvrant des zones placées sous des juridictions différentes. Les stocks chevauchants concernent principalement les espèces migratrices et tout particulièrement les thonidés…

Autres articles :
Pour aller plus loin....


Invitation à la conférence : « L’Union européenne laisse-t-elle l’aquaculture aux autres ? »

Sous le parrainage de M. Alain CADEC, Député européen, Vice-président de la Commission de la Pêche au Parlement européen

Au Parlement européen à Bruxelles, mercredi 12 octobre 2011, de 17h30 à 19h00

Discours d’accueil : Alain CADEC, Député Européen, Vice-Président de la Commission de la Pêche, Parlement européen

Présentation d’Aquimer : Thierry MISSONNIER, Directeur d'Aquimer (Pôle des produits aquatiques)

Projection d’un film réalisé par Aquimer sur les enjeux de l’aquaculture

De quelle stratégie politique l’aquaculture européenne a-t-elle besoin d’ici 2030 ?

Courtney HOUGH, Secrétaire général, Plateforme européenne de technologie et d'innovation en matière d'aquaculture (EATIP)

Comment valoriser les efforts fournis par les producteurs européens ?

Arnault CHAPERON, Président, Fédération européenne des producteurs aquacoles (FEPA)

Comment mettre en place une interprofession qui rende justice à l’aquaculture ?

Hervé JEANTET, Président du Conseil spécialisé pour les produits de la mer, de l'aquaculture et de la pêche professionnelle en eau douce, FranceAgrimer

------ 18 octobre 2011 ------

Dans le Nord-Pas-de-Calais, le projet régional d'aquaculture "Nouvelles Vagues", fait des vagues au Portel...

Le Portel ne veut pas du projet d'aquaculture à l'hoverport (Voix du Nord)

Pour les Portelois, pas question d'une plate-forme aquacole sur le site de l'hoverport, celui de l'ex-Comilog est plus approprié.

Le Portel ne veut pas du projet de plate-forme aquacole sur le site de l'hoverport a rappelé son maire Laurent Feutry suite au conseil portuaire. La ville « soutient ce projet mais estime plus logique de le positionner sur le site de la Comilog, au coeur des entreprises de traitement et de transformation des produits de la mer. Elle maintient que le site de l'Hoverport est situé en continuité sur le domaine de la plage, et que seuls des activités sportives , véliques, nautiques , touristiques et de remise en forme peuvent s'y développer avec harmonie. Si administrativement le développement sur ce site s'avérait difficile, elle prône un retour au domaine naturel de la plage, dans sa continuité », poursuit Laurent Feutry. « Elle regrette par ailleurs que le député-maire de Boulogne continue sa partie de Monopoly immobilière sur le domaine portuaire et voudrait imposer ce projet industriel sur le site de l'hoverport, pour garder des espaces plus intéressants à ses yeux sur le domaine Comilog. Elle regrette également que certaines voix, se voulant intimidantes, estiment que l'Hoverport est dans le domaine portuaire, propriété de la Région, et que la ville de Le Portel n'aurait donc pas son mot à dire, et ne pourrait que subir ! A ceux là, nous répondons que si une telle décision nous était imposée, la ville, ses élus, ses associations et ses habitants se mobiliseraient. »....

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lundi 26 septembre 2011

Nouvelle-Zélande : Hoki et Haka au pays des Maoris

Nouvelle-Zélande : Hoki et Empereur au pays du Haka

Ou comment les pêcheurs bigoudens (*) peuvent devenir les futurs Maoris de la pêche française !

Avant le match de rugby contre les All Blacks de Nouvelle-Zélande, les joueurs français répétaient que le haka, marque de reconnaissance de l’équipe néozélandaise, ne pouvait pas les ébranler. Cette danse guerrière ancrée au plus profond de la mémoire Maori, peuple autochtone de la Nouvelle-Zélande, n’est-elle pas l’expression d'une révolte, la volonté de ce peuple opprimé de sortir de la soumission imposée depuis l'époque coloniale ? « Plus que tout autre aspect de la culture Māori, cette danse complexe est une expression de la passion, de la vigueur et de l'identité de ce peuple.... » (Wikipedia)

Quelle place aux droits coutumiers Maoris dans la pêche néo-zélandaise soumise aux QITs ?

Dépossédés de leurs territoires ancestraux de pêche, les Maoris doivent lutter pour faire valoir leurs droits coutumiers. Depuis la privatisation de la ressource halieutique avec la gestion des pêcheries par le système des Quotas Individuels Transférables (QIT) en 1986, les Maoris sont relégués dans les « pêcheries accessoires » : « la pêche récréative et les pêches non commerciales en général (dont la pêche coutumière des Maoris, par exemple) (Kerr et al, 2004). »

Répartition des quotas de pêche néozélandais pour la campagne 2011/2012 :

  • Pêche commerciale : 670.818 tonnes, pêche coutumière Maoris : 4.522 tonnes et pêche récréative : 11.055 tonnes,
  • Les Maoris ont un droit de pêche de 20 tonnes de Hoki (comparé au 120.010 tonnes de la pêche commerciale),
  • Pêche commerciale a un droit de pêche de 8.221 tonnes d’Empereur (Hoplostète orange) contre Zéro pour les Maoris qui n’ont pas les moyens de pêcher cette espèce profonde.

Voir la répartition des TAC par espèce : Ministère de la Pêche

Présentation de la filière halieutique néo-zélandaise : Seafood New Zealand

La Nouvelle-Zélande gère ses ressources halieutiques à partir de quotas individuels depuis 1986, date de la « fisheries Amendment Act », pour les principales espèces commerciales comme le Hoki et l’Empereur. Les quotas individuels étaient initialement alloués sous forme de tonnage annuel fixe permanent basé sur le niveau moyen de capture historique. Ce système devait permettre au gouvernement de racheter des quotas s’il voulait réduire le niveau de capture totale d’une pêcherie. Mais les coûts se sont avérés beaucoup trop lourds à supporter pour l’Etat qui change alors le système en 1990. En transformant les Quotas Individuels non plus en volume fixe mais en parts d’un quota global pour le pays (ou Total Admissible de Capture – TAC), la charge des risques associés à l’incertitude du prochain niveau de TAC est transférée de l’Etat vers l’industrie (OCDE, 2004).

Fin 2004, 95 espèces étaient gérées de cette manière, ce qui représentait la quasi-totalité des prises (85%). Lors de la mise en place des QIT, les objectifs affichés étaient de limiter la pêche à des niveaux soutenables à long terme pour les stocks. Les plafonnements de capture doivent permettre d’atteindre le niveau de Production Maximale Soutenable (PME) et de limiter la surcapitalisation de la filière. Les quotas individuels transférables font partis d’un système plus large de gestion des pêches par quotas, le Quota Management System, incluant des contrôles sur les zones, les techniques et les saisons de pêche. (Kerr et al, 2004).

La mise en place des QIT aurait accru de manière importante la rentabilité des pêcheries néo-zélandaises. La concentration de la propriété des quotas, et la rationalisation économique traduise à la fois les capacités d’investissements de certains détenteurs de quotas et une amélioration de l’efficacité économique du secteur mais aussi une perte d’emploi pour un nombre important de petits pêcheurs.

Sanford, le géant de la filière halieutique néo-zélandaise

En Nouvelle-Zélande, depuis l’introduction des QIT, les secteurs de la transformation et de la commercialisation ont vu leurs performances économiques progresser. Le niveau d’emploi dans ces secteurs s’est accru et a pu absorber les pertes d’emplois issues de la concentration des quotas. Il est toutefois difficile d’attribuer ce phénomène à la seule introduction des QIT. Les conditions de stabilité macroéconomique de l’économie néo-zélandaise à cette même période participe sans doute également aux effets constatés (OCDE, 1997).

Sanford Limited est probablement la société qui a tiré le plus d’avantage de la privatisation de la ressource halieutique néo-zélandaise. En novembre 2007, l’armement Sanford Limited disposait d’un quota global de 137.749 tonnes sur un total national de 552.221 tonnes soit un quart de la production de la pêche soumise au Qit (qui représentait plus de 85% des captures nationales)

Sanford Limited est une société cotée à la bourse de Hong Kong qui appartient au Groupe néo-zélandais Amalgamated Dairies Ltd., société spécialisée dans l’exportation des produits agricoles néo-zélandais et qui ne cache pas ses succès commerciaux sur son site internet :

  • 1920 à 1950 : Expédition de produits laitiers en Grande-Bretagne,
  • 1934 : Première expédition de produits laitiers au Japon.
  • 1953 : Première vente d’agneau néozélandais aux Antilles.
  • 1955 : Première vente d’agneau néozélandais au Canada.
  • 1958 : Première vente de bœuf néozélandais aux États-Unis.
  • 1969 : Première vente de viande néozélandaise (bœuf et mouton) à l'Union soviétique (URSS) qui lui a probablement donné le goût des produits de la mer.
  • 1973 : Création d’Amalgamated Marketing Ltd au sein du Groupe Amalgamated Dairies pour la commercialisation des produits de la mer qui depuis 20 ans est devenue l’activité exclusive du Groupe Amalgamated Dairies Ltd.
  • 1979 : Entrée dans l'industrie de la pêche néozélandaise par l’affrètement de chalutiers soviétiques.
  • 1980/1990 : Affrètement de chalutiers soviétiques pour répondre à la demande en poisson dans le monde entier.
  • 1983 : Création de l’armement Amaltal Fishing Company, à part égale entre Amalgamated Marketing Ltd et Talleys Fisheries Ltd de Motueka
  • Année ? : Création ou acquisition de Sanford limited qui est devenu le fleuron du Groupe avec une production de 200.000 tonnes de produits halieutiques....

Sanford Limited qui produit plus de 200.000 tonnes de poissons, coquillages et crustacés par an, est de plus en plus impliqué dans l'aquaculture (conchyliculture et salmoniculture) :

  • Les captures annuelles s'élèvent à plus de 150.000 T avec les espèces phares, Hoki, Empereur (1.500 T), Thon (25.000 T),
  • et l’aquaculture : Moule verte (40.000 T), Saumon (en démarrage 3.000 T) et Huître…
(*) et pêcheurs bretons, basques, normands, corses, varois, sétois, vendéens,...
Philippe Favrelière

Autres articles :

Pour aller plus loin....

"Il faut interdire la pêche en haute mer !"

Un groupe de scientifiques vient de publier un rapport accablant concernant la pêche en haute mer et appelle les autorités internationales à l'interdire, d'après le Washington Post.

Dans leur rapport, ces scientifiques décrivent les fonds marins, autrefois luxuriants et remplis de vie, comme des déserts d'où toute vie marine a disparu ou presque.

Les pêcheurs se sont déplacés au large des côtes à la recherche de stocks de poissons, comme le loup de mer chilien ou l'hoplostète orange. Pour eux, quasi toutes les espèces marines sont désormais en danger de disparition, la surpêche les empêchant de reconstituer les populations de manière à ce que celles-ci restent viables.

Une catastrophe

"Vu que les pêcheurs ne trouvent plus de poissons le long des côtes, ils avancent au large et déciment le peu de poissons encore en vie. Les gens doivent réaliser que les stocks de poissons ne sont pas inépuisables. Que feront tous ces gens et ces pêcheurs quand il n'y en aura plus aucun? Il est déjà presque trop tard pour enrayer la machine. C'est pourquoi il faut interdire tout de suite la pêche en haute mer!"préviennent ces scientifiques.

Ils soulignent également les dégâts faits sur les récifs de corail, des dommages qui mettront des milliers d'années à se réparer, s'ils y parviennent un jour... "Les gens s'obstinent à ne pas comprendre l'importance des coraux dans les écosystèmes marins, ni des conséquences de leur consommation de poisson". Le fameux "bah, c'est pas pour un... De toute façon, il est déjà mort puisqu'on me le propose dans le menu" qui ne permette pas de changer la donne.

"Pour permettre à la vie marine de se reconstituer, il faut interdire toute pêche en haute mer, ça peut paraître radical, mais c'est la seule solution", mettent-ils en garde. "Quand le poisson aura disparu, comment les gens feront-ils pour se nourrir? Une fois que les poissons auront disparu, ça sera définitif! Les pêcheurs et les consommateurs auront beau se plaindre, ils seront les seuls responsables de ce gâchis" concluent-ils. Source : 7sur7.be

Lire le communiqué de Marine Conservation

Pour télécharger l'étude pilotée par Elliott A. Norse : Sustainability of deep-sea sheries

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Le 21 février 2012



Au cœur de la nature…

Les eaux de la Nouvelle-Zélande regorgent de poissons, coquillages et crustacés en tous genres. Alevins, truites, anguilles, langoustes sont monnaie courante en Aotearoa.

Laissez-vous tenter par la fraicheur des coquilles Saint-Jacques et des moules de Marlborough, directement pêchées dans les fjords Marlborough Sounds, ou par les huitres de Bluff, ville située tout au Sud de l’île.

Vous ne manquerez pas de goûter l’incontournable paua, coquillage incontournable de la culture maorie dont la coquille aux reflets irisés est recyclée en bijou et en ornement. Enfin, et les tuatua et les toheroa, coquillages extrêmement prisés en Nouvelle-Zélande, raviront les papilles des amateurs.

Vous y trouverez également les typiques kumaras, patates douces de la Nouvelle-Zélande. A l’origine polynésiennes, elles ont été importées par les Maoris. Leur spécificité vient notamment du fait que leur goût varie en fonction de leur couleur : variant du jaune au rouge, les kumaras oranges sont les plus douces et veloutées. Le Rewena paraoa, très apprécié pain maori au kumara, sucré et fondant, est confectionné pour accompagner les repas.

Enfin, Aotearoa foisonne de kiwis, fruits néo-zélandais par excellence, appréciés pour leur goût sucré et acidulé. Longtemps appelé « Groseille de Chine », le mot « kiwi » a été attribué au fruit en référence à l'oiseau emblématique du pays de la Nouvelle-Zélande. Laissez-vous surprendre par les différentes formes que prend le kiwi sur l’île : il se déguste nature ou sous forme de gelée, de confiture, de marinade, de chutney ou même de vin !

Idée voyage : pour découvrir la Nouvelle-Zélande par sa gastronomie, Zest Food Tours propose des randonnées « gourmet » autour d’Auckland, à découvrir !

La tradition maorie

Le hangi, le repas néo-zélandais traditionnel, est une expérience à ne pas manquer. A Rotorua, venez participer à la dégustation de ce plat, longtemps cuit à l’étouffée dans des paniers placés sur un tapis de pierres volcaniques chauffées, placées au fond d’une fosse creusée dans le sol. Plus qu’un repas, vous partagerez un véritable moment de spectacle : musique et danse sont toujours au rendez-vous lors d’un festin maori.

L’héritage britannique

Les amateurs de viande seront eux aussi servis : la réputation de la viande d’agneau tendre et fine de Nouvelle-Zélande n’est plus à faire. Les habitants la dégustent en général très cuite et accompagnée de légumes croquants.

La viande de chevreuil compte également beaucoup d’amateurs parmi les néo-zélandais, et vous saurez en apprécier la qualité. La pavlova, dessert meringué d’origine britannique, saura ravir tous les gourmands. Son nom est un hommage à la danseuse Anna Pavlova et à son tutu. Spécialité pâtissière en Nouvelle-Zélande, elle se compose d'une couche généreuse de meringue rehaussée d'une crème chantilly recouverte de fruits et de coulis.

Modernité et mélange des cultures

La cuisine néo-zélandaise ne se résume pas aux traditions maories ni à l’héritage britannique ; le multiculturalisme qui y existe a su créer une cuisine riche en saveurs et en différences : toutes les grandes gastronomies du monde y sont représentées (chinoise, indienne, japonaise, européenne, américaine…).

Enfin, la Nouvelle-Zélande compte son nombre de grands chefs mondialement reconnus, tel Michael Coughlin. Reconnu par 4 fois ambassadeur du Bœuf et de l’Agneau néo-zélandais, si vous passez par Dunedin, arrêtez-vous sans hésiter au Pier 24 pour lui passer le bonjour et goûter à ses délicieuses recettes…

jeudi 22 septembre 2011

Marché du carbone. Danone et mangrove, mariage de raison !

Marché du carbone. Danone et mangrove, mariage de raison !

Danone : multinationale des produits laitiers et de l’eau minérale, parmi les plus polluantes dans le monde a pris l'engagement de réduire son empreinte carbone !

Mangrove : Forêt de palétuviers bordant les rivages tropicaux et reconnu comme de véritable puits de carbone avec leur capacité naturelle à séquestrer d’importantes quantités de CO2.

L'augmentation du taux de CO2 dans l'eau met en péril la vie marine : coquillage, crustacé, plancton....

Les lois Grenelle ont rendu obligatoire, pour certaines entreprises, collectivités et établissement publics, ainsi que pour l’Etat, la réalisation d’un bilan des émissions de gaz à effet de serre, et d’une synthèse des actions envisagées pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Ministère du Développement Durable : Bilans des émissions de gaz à effet de serre

Le marché du carbone récupère les mangroves

Le Groupe Danone s’est engagé à diminuer son empreinte carbone non seulement en diminuant les émissions de gaz à effet de serre dans ses activités de production (produits laitiers et eau minérale), mais en participant à des projets produisant de grandes quantités de crédits de carbone comme la plantation de mangrove.

Ainsi, les mangroves sont la cible des grandes entreprises qui cherchent avidement à acheter des crédits de carbone pour compenser la pollution qu’elles ne cessent de provoquer. Un exemple en est le Partenariat pour le carbone des zones humides du groupe Danone. Cette initiative qui date de 2008 encourage l’approbation de projets produisant de grandes quantités de crédits de carbone, dans le cadre du Mécanisme pour un Développement Propre (MDP) ou du dénommé marché volontaire. En juin 2011, 25 projets avaient déjà été reçus. Danone est déjà investi dans deux projets pilotes, au Sénégal et en Inde.

Le mécanisme de « compensation » de carbone proposé par Danone permettra à cette entreprise de continuer de brûler des combustibles fossiles et d’augmenter le volume de gaz à effet de serre de l’atmosphère, tout en « compensant » la pollution grâce au stockage qu’en font les mangroves ailleurs dans la planète.

Or, cela implique une augmentation nette du volume de carbone dans la biosphère, c’est-à-dire dans l’atmosphère, dans les êtres vivants, dans la végétation et dans le sol. En effet, les palétuviers ou le sol absorbent du carbone et le stockent ; ce stockage est temporaire et fait partie du cycle du carbone atmosphérique. En revanche, les combustibles fossiles extraits du sous-sol et brûlés par les entreprises comme Danone augmentent de façon permanente le volume de carbone dans la biosphère. Ce carbone d’origine fossile ne fait pas partie du cycle du carbone atmosphérique et finit par accroître le volume des polluants responsables du changement climatique, sans qu’il soit possible de le faire retourner dans le sous-sol.

Le système de production à grande échelle et de distribution commerciale de milliards d’articles, dont beaucoup sont superflus et jetables, destinés à encourager la surconsommation, produit de fortes émissions de carbone et il est à l’origine de l’actuelle crise climatique. Il est aussi la cause profonde de l’élimination des mangroves. Le marché du carbone est un rejeton de ce système ; il peut donc difficilement être la solution du problème qu’il a créé.

Philippe Favrelière (avec l'aide de l'article de WRM : Le marché du carbone récupère les mangroves)

Autres articles :

Pour aller plus loin....

21 septembre 2011. Journée internationale contre la monoculture d'arbres

Le 21 septembre, Journée internationale contre la monoculture d’arbres. Il convient de souligner que le choix de cette date a son origine dans les luttes populaires contre les plantations. En effet, les réseaux brésiliens ont décidé en 2004 que le 21 septembre serait une journée de lutte contre la monoculture d’arbres. Cette initiative a été tout de suite adoptée par un grand nombre de communautés et d’organisations qui s’opposaient aux plantations dans leurs pays et au plan international. Depuis, de plus en plus de personnes y adhèrent en réalisant ce jour-là diverses activités grâce auxquelles le public peut prendre conscience de l’impact de ces plantations sur la société et l’environnement. Pour plus d'informations : WRM

15 septembre 2011. Ministère du Développement durable : Bilans des émissions de gaz à effet de serre

Les lois Grenelle ont rendu obligatoire, pour certaines entreprises, collectivités et établissement publics, ainsi que pour l’Etat, la réalisation d’un bilan des émissions de gaz à effet de serre, et d’une synthèse des actions envisagées pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre,. Retrouvez ci-dessous les méthodologies d’établissement de ces bilans, validées par la Ministre en charge de l’Écologie.

L’article 75 de la loi n°2010-788 du 12 juillet 2010 portant engagement national pour l’environnement (ENE) crée une nouvelle section au chapitre IX du titre II du livre II du code de l’environnement, intitulée « Bilan des émissions de gaz à effet de serre et plan climat-énergie territorial ».

Le décret n° 2011-829 du 11 juillet 2011 relatif au bilan des émissions de gaz à effet de serre et au plan climat-énergie territorial inscrit dans le code de l’environnement les dispositions réglementaires permettant de définir les modalités d’application du dispositif (articles R229-45 à R229-56).

La réalisation du bilan d’émissions de Gaz à effet de serre (GES) est obligatoire pour les personnes morales de droit privées employant plus de 500 personnes pour la France métropolitaine ou plus de 250 personnes pour les régions et départements d’outre mer.

Le bilan est aussi obligatoire pour l’État, les régions, les départements, les communautés urbaines, les communautés d’agglomération et les communes ou communautés de communes de plus de 50 000 habitants ainsi que les autres personnes morales de droit public employant plus de 250 personnes.

Les personnes morales de droit privé tenues d’établir un bilan des émissions de gaz à effet de serre sont celles qui ont leur siège en France ou y disposent d’un ou plusieurs établissements stables et qui remplissent la condition d’effectif rappelée plus haut, l’effectif étant calculé conformément aux règles prévues à l’article L. 1111-2 du code du travail, au 31 décembre de l’année précédent l’année de remise du bilan....

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Kick the Habit. Guide de l’ONU pour la neutralité climatique

Guide de l’ONU pour la neutralité climatique

PNUE 2009

Pour télécharger ce guide très pratique pour comprendre les enjeux autour des émissions de gaz à effet de serre (GES), cliquer Pnue

Le changement climatique est le problème de notre ère. Il est rare qu'un jour ne passe sans qu'il ne soit fait référence par un journal, une émission ou un homme politique aux menaces qu'il représente et à l'urgence d'agir, dès à présent pour en limiter les effets, et sur le long terme, pour nous adapter aux changements qui vont inéluctablement se produire.

Car le changement climatique est bien réel, et le problème n'est pas près de disparaître. Mais il est en notre pouvoir, en tant qu'individus, entreprises, villes et gouvernements, d'agir sur le degré de gravité de ce problème. Les moyens d'action possibles sont nombreux, mais ce changement, nous devons le faire. Nous pouvons changer les choses en favorisant la transition vers un monde neutre pour le climat. Ce concept de neutralité climatique est le sujet de ce livre.

Il est vrai que le fossé entre notre situation actuelle et la neutralité climatique nécessaire à l'avenir pour parvenir à un développement durable est immense. Mais ce livre a pour but de nous montrer que ce fossé n’est pas infranchissable et qu’il y a beaucoup à y gagner. Il faudra faire preuve de patience, de persistance et de détermination, mais nous en sommes capables.

Il existe un grand nombre d'informations et de conseils sur la conduite à suivre pour vivre de façon plus écologique, plus propre. Il est parfois difficile de s'y retrouver, de savoir ce qui permet d'obtenir des résultats rapidement, ce qui est réellement efficace et non pas uniquement du blanchiment écologique, et ce qui nous convient le mieux. Si vous vous sentez perdu, ce livre est fait pour vous. Il devrait vous apporter les réponses que vous souhaitez. Il explique concrètement comment les individus, les entreprises, les grandes sociétés, les villes et les pays peuvent entamer un changement. Et même si vous ne vous sentez absolument pas perdu, ce livre vous fournira de bonnes informations complémentaires….

Neutralité climatique : Neutre en carbone, oui, cette expression nous est familière. Mais neutre pour le climat ? La réponse est simple : le dioxyde de carbone, CO2, n'est pas le seul responsable du changement climatique, même s'il constitue presque 80% des gaz émis par les activités humaines (y compris la part engendrée par les changements d'utilisation des sols). Le dioxyde de carbone est le gaz à effet de serre que nous rejetons en plus grande quantité dans l'atmosphère, mais il n'est pas le seul. Le protocole de Kyoto, traité international de lutte contre le changement climatique, régule les émissions des six principaux GES produits par l'activité humaine (voir tableau). Ces gaz sont le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), l'oxyde nitreux (N2O), les hydrofluorocarbones (HFC), les hydrocarbures perfluorés (HPF), et l'hexafluorure de soufre (SF6).

Kick the Habit - Dire non à notre dépendance au carbone est une épreuve comparable à celle d'un régime : l'engagement nécessaire lorsque l'on essaye de perdre du poids est assez proche de celui dont nous avons besoin pour devenir neutres pour le climat. Nous devons nous défaire de notre habitude de rejeter de grandes quantités de gaz à effet de serre. Bien sûr, un régime n'est jamais suivi par plaisir, mais uniquement dans l'espoir d'accéder à quelque chose qui en vaille vraiment la peine : cela peut être pour avoir une silhouette plus fine et plus sexy ou tout simplement pour une question de survie. Mais les régimes ont un autre point commun avec la réduction de GES. Il ne s'agit pas d’une action ponctuelle mais d’un processus. Personne ne s'embarque dans un régime et ne perd de poids pour reprendre, par la suite, son ancien mode de vie - ou du moins pas sans savoir que tous ses efforts auront été vains.

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Premier plan d’action pour la politique mondiale du carbone bleu

Premier plan d’action pour la politique mondiale du carbone bleu

Blue carbon policy framework

Based on the first workshop of the International Blue Carbon

Policy Working Group

IUCN

December 2011

Pour télécharger le document, cliquer IUCN

Le premier cadre d’orientation soulignant les activités nécessaires pour inclure les aires marines côtières, comme les mangroves, les marais cotidaux et les prairies sous-marines, dans le travail de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques a été présenté dans un rapport rédigé conjointement par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et Conservation International, deux des principaux membres de l’Initiative Carbone bleu.

Le rapport appelle la communauté internationale, lors des débats sur le changement climatique à Durban, à prendre en compte la conservation des aires côtières dans les politiques sur le changement climatique et les processus de financement actuellement négociés. Pour les auteurs de l’étude, il est essentiel que la Convention sur la diversité biologique, la Convention Ramsar sur les zones humides et le marché volontaire du carbone prennent également en compte les écosystèmes marins côtiers.

« Les océans et la biodiversité marine sont essentiels pour réguler le climat dans le monde » affirme Carl Gustaf Lundin, Directeur du Programme mondial de l’UICN pour le milieu marin et polaire. « Les océans absorbent 93.4% de la chaleur produite par le changement climatique, ainsi qu’un tiers du dioxyde de carbone émis par les humains. Les aires côtières ont également une capacité exceptionnelle de stockage du carbone. Pourtant, à l’heure actuelle, les solutions naturelles offertes par le monde marin face aux défis posés par le changement climatique sont rarement prises en compte dans les politiques internationales sur le changement climatique. »

La Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et le mécanisme REDD+ (Réduction des émissions issues de la déforestation et de la dégradation des forêts plus la conservation) encouragent la conservation et la restauration des forêts terrestres, qu’ils considèrent comme un moyen de réduire les effets du changement climatique. Néanmoins, l’importance des puits de carbone côtiers comme les mangroves, les marais cotidaux et les prairies sous-marines est sous-évaluée par la Convention.

Les écosystèmes côtiers ne représentent certes qu’un à deux pour cent de la couverture forestière mondiale, cependant l’amélioration de leur gestion pourrait s’ajouter aux efforts réalisés pour réduire les émissions issues de la dégradation des forêts tropicales. Un kilomètre carré d’écosystème côtier peut emmagasiner jusqu’à cinq fois plus de carbone qu’un kilomètre carré de forêt tropicale mature. Or ces zones sont aujourd’hui détruites trois à quatre fois plus vite que les forêts, émettant donc des quantités non négligeables de dioxyde de carbone dans l’atmosphère et l’océan, et participant ainsi au changement climatique.

« Pour nous, cette reconnaissance est cruciale » explique Emily Pidgeon, Directrice senior des initiatives stratégiques marines chez Conservation International, co-auteure du rapport et experte reconnue sur le carbone bleu. « La gestion du carbone dans les systèmes côtiers pourrait déjà être incluse dans plusieurs composantes de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et du REDD+. Ce plan d’action a donc été réalisé afin de détailler les prochaines étapes que nous considérons essentielles en termes d’intégration complète du carbone bleu dans les initiatives existantes. »

« Il est maintenant scientifiquement prouvé que la conservation des mangroves, des marais cotidaux, des prairies sous-marines et des autres habitats du carbone bleu s’avère un outil très précieux dans la lutte contre le changement climatique », ajoute Pierre-Yves Cousteau, Ambassadeur de bonne volonté de l’UICN et fondateur des Plongeurs Cousteau, une organisation à but non lucratif consacrée à la protection du monde marin. « Ces zones côtières boueuses nous aident également à nous adapter au changement climatique. Elles protègent les communautés locales des tempêtes et régulent la qualité de l’eau côtière. Espérons qu’une plus grande reconnaissance de leur importance parmi la communauté des experts du changement climatique améliorera la façon dont elles sont aujourd’hui gérées et conservées. »

« Nous devons convaincre l’ensemble de la communauté politique que l’importance du carbone bleu est scientifiquement bien établie et qu’il faut donc le considérer comme un outil précieux dans le cadre des efforts mondiaux pour nous adapter et faire face aux effets du changement climatique. Nos décideurs doivent comprendre combien il est crucial de lui accorder un financement adéquat afin de maximiser les nombreux bénéfices qu’il procure aux populations, » conclut Mme Pidgeon. Source : Iucn

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Le 25 avril 2012

CO2. Projet de stockage en mer !

A Chimbote (Pérou), les usines minotières crachent leurs fumées à plein gaz quand la ressource en anchois est abondante....


La lutte contre le réchauffement climatique constitue un enjeu majeur qui a fait l'objet de plusieurs accords internationaux….

Parmi les solutions contre le réchauffement climatique : Captage et stockage de CO2

L'Agence internationale de l'énergie (AIE) estime que la technologie de captage et de stockage pourrait contribuer à hauteur de 20 % des réductions d'émissions de dioxyde de carbone mondiales souhaitées d'ici 2050. Quant au Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), il souligne que cette technologie peut contribuer à hauteur de 15 à 55 % à l'effort mondial de réduction des émissions de gaz à effet de serre jusqu'en 2100.

Outre le potentiel significatif de réduction des émissions mondiales de CO2, les travaux de l'AIE tout comme ceux du GIEC soulignent l'intérêt économique que présente cette solution de réduction des émissions. Ainsi, le GIEC indique que le recours aux captage et stockage de carbone peut permettre de réduire le coût de stabilisation de la concentration en CO2 de l'atmosphère de 30 % et plus. Quant à l'AIE, elle estime que, sans recours aux captage et stockage de carbone, le coût de la division par deux des émissions mondiales de CO2 d'ici 2050 augmenterait de 70 %.

Stockage à terre ou en mer ?

A contrario des projets de stockage à terre, les projets de stockage sur le territoire maritime sont susceptibles de faire l'objet d'un accueil plus favorable de la part du public.

Enfin, ce territoire maritime est bordé de pays développés, gros émetteurs de CO2, qui se sont résolument engagé dans la réduction de leurs émissions de CO2.

En conséquence, outre l'effort qui doit porter sur les activités de recherche et de développement de la technologie de captage et stockage de carbone, il est nécessaire de définir un cadre technique, économique mais également juridique indispensable au déploiement des techniques de captage et de stockage et notamment sur le territoire maritime.

Source : Projet de loi autorisant l'approbation des amendements des annexes II et III à la convention OSPAR pour la protection du milieu marin de l'Atlantique du Nord-Est relatifs au stockage des flux de dioxyde de carbone dans des structures géologiques, présenté au nom de M. François FILLON, Premier ministre Par M. Alain JUPPÉ, ministre d'État, ministre des affaires étrangères et européennes (Envoyé à la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, sous réserve de la constitution éventuelle d'une commission spéciale dans les conditions prévues par le Règlement.). Pour accéder au texte intégral, cliquer Sénat


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Le 7 décembre 2011

Danone sort sa calculette de CO2 (Jdle)

Le groupe Danone s’associe au concepteur de logiciels d’entreprise SAP pour déployer un système calculant l’empreinte carbone de 35.000 produits d’ici la fin 2012.

«Nous nous sommes fixé l’objectif de 30% de réduction de notre intensité carbone pour la période 2008-2012, avec l’idée que demain, le carbone sera monétarisé», a lancé la directrice générale Nature de Danone, Myriam Cohen-Welgryn, lors de la conférence de presse organisée le 6 décembre à Paris.

Il s’agit du deuxième programme d’action mis en place par Danone, qui annonce avoir déjà réduit, entre 2000 et 2010, sa consommation d’énergie de 42%, sa consommation d’eau de 41%, le poids de ses emballages de 10% et avoir valorisé 86% de ses déchets d’usines (1). L’empreinte carbone a par ailleurs fait son entrée dans les critères de rémunération des 1.400 dirigeants du groupe (2).

Ce nouvel objectif laisse donc de côté la consommation d’eau et d’énergie pour se focaliser sur les seules émissions de CO2, qui s’élèvent à 14 millions de tonnes pour l’ensemble du groupe....

Danone affirme avoir réduit son intensité carbone de 22% entre 2000 et 2010, grâce à une réduction de l’utilisation des ressources et du packaging de certains produits laitiers....

A y regarder de plus près, l’objectif de réduire les émissions de 30% ne concernera pas toute la chaîne de production, et en particulier pas la fabrication du lait, responsable de 45% du CO2 émis par le groupe. «Lorsque nous avons lancé notre plan de réduction en 2008, nous ne disposions pas de données suffisantes pour le lait», justifie Marc Lagoutte, directeur général des systèmes d’informations de Danone. La réduction touchera donc les émissions dues aux usines (10% des émissions totales), au transport (environ14%), et au packaging (environ 16%)....

Photographie : Panneau "Fondation Total" placé à l'entrée d'une zone de mangrove sénégalaise (Philippe Favrelière)